‹ Le comte de VergennesChapitre 145 sur 237 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

doit pas choquer les oreilles de Gustave. Vous avez outragé mon cœur : un mot m'eût fait voler à vos cotés. Il y a eu complot contre votre personne, et vous no me le dites point ! Je ne l'ai appris qu'hier soir dans la lettre dont vous m'honorâtes cl que vous ne m'envoyâtes que lorsque la ville était déjà soumise. Vous ne me donnez d'autre motif que de rétablir la constitution de Gustave-Adolphe, adaptée au temps présent; ce pouvait être celle de Charles XI. Gela m'a fait prendre le parti que j'ai pris; il ne me reste plus qu'un seconda prendre, qui est de remettre mes emplois.

" La plume me tombe des mains (1). »

Le comte d'Hessenstein pouvait être sincère, mais sa résipiscence n'offrait point un grand mérite, car elle suivait le triomphe du roi. Après ce triomphe, il avait mesuré la profondeur de l'abîme auquel il s'exposait s'il tombait en disgrâce, non seulement en Suéde, où il occupait un haut grade dans l'armée, mais aussi en France, oà, comme nous l'avons vu, pourvu également du titre de lieutenant général, il touchait de Louis XV une large pension.

Pour tâcher de conjurer les suites de son attitude de la veille et de l'expliquer à Paris, il transmet, dès le lendemain de la révolution, une copie de sa requête au roi de Suède jointe à deux missives, conçues en termes presque identiques, l'une au duc d'Aiguillon et, qui le croirait? l'autre à Mme Geoffrin.

Voici ce qu'il écrit à cette dernière qu'à l'exemple du roi de Pologne Poniatowski et, sans doute, encore d'autres, il appelle » sa maman » :

« Stockholm, le 21 août 1772.

« Vous serez bien surprise, ma chère maman, de ce que vous apprendrez de moi par cet ordinaire. Je vous envoie ma lettre au roi, qui contient les raisons de ma conduite.

(1) Archivée du ministère de» affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 262.

« J'ai toujours désiré des corrections à notre constitution et l'augmentation du pouvoir royal, mais j'ai cru que ces corrections devaient se faire par les Étals pour pouvoir être stables ; j'ai craint l'exemple des gardes prétoriennes.

« Le roi ne m'envoya sa lettre que lorsque la révolution était presque achevée, et je la reçus au moment où, par pure tendresse pour lui, je prêchais devant mes amis que c'étaient ses ennemis qui répandaient ces bruits d'émeute. Mon premier mouvement fut de me jeter dans l'île de l'Amirauté et de m'y défendre; elle n'était pas encore occupée. Mais je loue le ciel d'en avoir trouvé le chemin barré. Du reste, le roi me comble de bontés ; il a ulcéré mon cœur, et il a la grandeur d'âme d'en convenir.

« Adieu, ma chère maman, je me mets à vos pieds. Aimezmoi toujours, et montrez ces deux lettres à ceux qui voudront bien s'intéressera moi (1). »

Le comte d'Hessenstein connaissait trop le roi de Suède pour ne pas tout espérer de sa bonté. Deux jours après, en effet, il voyait entrer dans sa demeure, où il gardait encore les arrêts, celui auquel, à l'heure du danger, il: avait refusé son concours; le prince, de sa main, lui remit son épée et lui rendit toute sa confiance (2).

Une autre adhésion, plus précieuse peut-être, fut celle du

(1) Grimm, Correspondance, année 1772.

(2) Gustave Illfera plus encore; il s'efforcera d'intercéderauprès de Louis XV pour que celui-ci restitue au comte d'Hessenstein et son titre et sa pension, que le roi de France, dans son mécontentement, avait supprimés. Il écrira à Versailles :

« Stockholm, le 30 octobre 1""2.

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