‹ Le comte de VergennesChapitre 144 sur 237 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

notre bienveillance royale et tendresse fraternelle, et nous la recommandons à la sainte grâce de Dieu.

« Gustave (IV »

Le 8 septembre suivant, le prince Charles était créé duc de Sudermanie, et le prince Frédéric duc d'Ostrogothie; et, à quelque temps de là, le capitaine Hellichius se voyait anobli sous le nom de Gustafskœld (bouclier de Gustave) ; dans ses armoiries prit place l'initiale du roi, c'est-à-dire un G couronné.

M. de Vergenncs, en ce qui le concerne, reçut un magnifique diamant sur lequel se trouvait gravé, avec un art infini, un emblème rappelant la révolution qui venait de s'accomcomplir. Quant au comte de Creutz, il sera, sans quitter Paris, élevé à la dignité d'ambassadeur (8 octobre 1772).

Gustave III sut non-seulement se montrer plein de reconnaissance envers toutes les personnes qui l'avaient secondé, mais aussi fit preuve de la plus noble générosité envers d'autres dont, aux premières heures de la crise, la loyauté avait éprouvé quelque hésitation, ou même leur avait dicté une résistance déclarée.

C'est ainsi que le curé Wickmann, un des Bonnets les plus exaltés, ayant dû être arrêté, le roi envoya prévenir ses enfants " qu'ils pouvaient être tranquilles sur le sort de leur père, qui leur serait incessamment rendu « .

Après son équipée à main armée, le général Rudbeck , ayant été également consigné, voulut en informer sa femme; il adressa sa lettre au roi en sollicitant l'autorisation de la faire parvenir. Le prince y ajouta de sa main quelques lignes gracieuses dans le but de calmer les inquiétudes de l'épouse du gouverneur de Stockholm; elles se terminaient par ces mots : « J'espère que bientôt je compterai un ami de plus. « Le 21 août, en effet, le général prêtait serment et était tout à fait libre.

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 2G2.

Le comte d'Hessenstein fut aussi l'objet de la clémence royale.

Quand, le 19 août, Gustave III s'était rendu au parc d'artillerie, il avait fait mander, par écrit, cet ami de longue date, sur le dévouement duquel il croyait pouvoir compter, afin de lui confier le commandement en chef des troupes de la capitale.

C'était en perspective la réalisation presque assurée de la promesse, faite à son avènement par le jeune prince, du bâton de maréchal. Malgré cela, le comte d'Hessenstein refusa de se rendre auprès du roi. Celui-ci ayant insisté, le général fit répondre que sa conscience ne lui permettait pas de violer le serment qu'il avait prêté à la constitution. Rien ne put fléchir ses nobles scrupules ; bien plus, il eut un instant la pensée de provoquer une opposition armée; mais il reçut bientôt l'ordre de garder les arrêts dans son appartement, et, dès le 20, il faisait sa soumission éplorée et repentante en ces termes :

« Sire,

a Les bontés dont Votre Majesté m'a toujours honoré m'avaient pénétré de la plus vive reconnaissance et me plongent, dans ce moment-ci, dans le plus grand désespoir. J'ai été obligé, Sire, de vous désobéir parce que j'ai cru que les États seuls pouvaient lever le serment que je leur ai fait et parce que je ne voulais pas servir d'instrument au pouvoir arbitraire, que j'ai en horreur et que je croyais devoir être une suite de cette révolution.

« Vous avez eu, Sire, ce pouvoir arbitraire pendant deux jours ; mais vous venez de rendre la liberté à la nation, action qui n'a presque pas d'exemple et que je ne pouvais prévoir, malgré l'opinion que j'ai toujours eue de vos grandes qualités. C'est donc en bonne conscience que je reporte mon hommage aux pieds de Votre Majesté.

« Mais, Sire, permettez qu'après avoir parlé à mon roi je m'adresse à mon ami : ce terme, de la part d'un sujet, ne

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