CHAPITRE XVII
« Ma paix avec les Turcs n'est pas encore faite; si elle ne se fait pas, j'en serai fâchée, mais je n'en pleurerai pas. Alors la guerre deviendra générale, et le genre humain se passerait bien de cette gentillesse. »
Le correspondant du duc d'Aiguillon induit de ces confidences intimes de fâcheux présages. Il se rappelle ce que la comtesse Bielke lui a dit souvent « du caractère entreprenant » de son impériale amie, et il redoute que cette princesse, « au cas où elle ne parviendrait pas à faire la paix avec les Turcs, ne se soit assurée, par les mesures secrètes qu'elle a prises, d'étendre la guerre, de proche en proche, du Nord au Midi » .
A la même date, M. Durand, le chargé d'affaires de France en Russie, faisait parvenir directement à M. de Vergennes les nouvelles les plus inquiétantes. Ce dernier écrit, de son côté, le 9 mars, à Versailles.
" Un courrier extraordinaire du ministre de Suède à Saint- Pétersbourg m'a apporté hier des dépèches de M. Durand, qui ne peuvent être plus alarmantes. Elles détruisent même jusqu'à l'espérance que l'orage qui menace la Suède puisse être suspendu jusqu'à ce que la Russie soit libre de ses embarras en Pologne et avec les Turcs. M. le comte de Lascy est encore plus affirmatif dans une lettre qu'il a écrite à M. de Lano. Il regarde 1 invasion de la Suède comme très prochaine. 11 croit que l'ouverture de la navigation en fixera l'époque. Elle ne peut donc plus être éloignée; les glaces, ordinairement si tenaces dans ce climat, ont déjà presque entièrement disparu; la mer en est tout à fait libre.
« 11 parait, par le rapport de ces deux ministres, que la réformation du gouvernement de Suède flatte moins l'ambition de Catherine II cjue l'espoir de réunir à son domaine le grand-duché de Finlande.
« Je ne répéterai pas ici, Monsieur le duc, les motifs sur lesquels M. Durand appuie ses inquiétudes et ses craintes; je ne doute pas qu'il n'ait été exact à vous en rendre compte. Il rend justice à l'honnêteté de M. le comte Panine; il ne
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