CHAPITRE XIX
tefois, ce dont il pouvait avoir besoin « pour subsister jusqu'à la saison nouvelle » . La somme nécessaire à le tirer (rembarras, le comte de Vergenncs l'estimait « effrayante, s'il s'agissait de le mettre au pair, puisque, affirmc-t-il, le défaut de ses revenus de cette année est de plus de cinq millions de nos livres » .
On était, en France, toujours prodigue de témoignages d'amitié et de conseils; quant à de nouveaux sacrifices pécuniaires, l'ère en était passée. Aux subsides ordinaires depuis longtemps servis à la Suède, la récente convention avait ajouté, en vue des armements, un versement annuel extraordinaire, jusqu'en 177G, de huit cent mille livres. La mesure semblait comble, et le duc d'Aiguillon s'excuse en exprimant ii le véritable regret du roi » de ne pouvoir faire davantage.
Malgré cela, Gustave III ne se découragea pas. Nous allons le voir doter son pays, de sa propre initiative, de réformes et d'améliorations très hardies pour son temps.
Par un des premiers décrets signés après la révolution (27 août 1772), il s'était empressé de supprimer la torture : .1 II est contre toute justice et toute raison, disait-il, d'extorquer, par la force des tourments, à des citoyens libres l'aveu des crimes dont ils peuvent être accusés. » En conséquence, il avait ordonné au chancelier de justice Lilliestrole de fane démolir l'endroit appelé, par la plusamère ironie, la chambre des roses, — Rosen Zammern, — où était subie la question (1).
Frappé, d'autre part, des dangers de ce qu'on nomme aujourd'hui l'alcoolisme, il n'avait pas hésité à affronter le mécontentement populaire en prohibant la distillation des grains destinés à la production de l'eau-de-vie. Par son ordre, le 11 septembre, il était procédé, dans les villes et les cam-
(1) Voici, d'après M. Geffroy, en quoi consistait la chambre des roses: « Dans un trou creusé au fond d'un cachot souterrain et rempli d'une boue infecte, on plongeait jusqu'au cou la victime. La froideur des eaux y était insupportable. Des milliers d'insectes s'attachaient à toutes les parties du corps et les dévoraient. » (Gustave III et la cour de France, t. I.)
pagnes, à la fermeture de toutes les fabriques et magasins de
Le territoire de la Suède étant d'une étendue considérable
-^ a uch lff r f restreint de ses habitants, il éteitdW
âge prévoyance d encourager le développement de la popu .
afcon. Par un autre décret, en date du .5 février 1773, le roi
affranclnt de toute nnposition personnelle les paysans, jour-
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Partout la misère était profonde; la disette avait cruellement éprouvé le p eup l e dcs provJ Q
distnb 122,604 tonnes de blé, soit pour l'alimentation so, pour les semadles. Cela ne pouvait suffire; dans le Nord surtout, on avait vu pendant l'hiver des malheureux mouran htteralement de faim; l'assistance par le travail, dont notre siècle semble revendiquer l'idée, fut organisée. Le 6 mars s ouvrait « une maison de travail volontaire, où tous ceux qui voudrait travailler et qui n'avaient pas d'ouvrage étaiL occupes d une manière utile pour eux et pour l'État. Ils recevait une rétribution suffisante pour les faire vivre jusqu'à ce qu ,1s trouvassent ailleurs une occupation plus lucrative. On leur distnbuait de la laine, du coton, du chanvre, du lin et de etoupe, soit pour fder, soit pour tricoter. Chacun emportait son ouvrage chez soi; le salaire du travail lu. était paye a 1 mstant où il rendait celui qu'il avait fait (1) „
En même temps, un service médical gratuit était institué dans les campagnes, et, par décision du 29 mars, la surintendance des maisons d'orphelins et des hôpitaux, remaniée et pourvue d attributions nouvelles, était confiée à deux chevaliers de 1 ordre des Séraphins.
Par une apparente contradiction, dont Gustave III ne donne pas seul 1 exemple, ce despote, qui avait fait une révolution pour s emparer du pouvoir, nourrissait, au fond, des idées libérales s,nguhèrement avancées. C'est ainsi qu'il se déclarait
(1) Posselt, Histoire de Gustave III.
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partisan résolu de la liberté de la presse, à laquelle le Sénat opposait une résistance opiniâtre. Le roi dut entreprendre de lui démontrer les avantages qui pouvaient en résulter.
«Je suis convaincu, disait-il à ce propos, cpie la liberté de la presse ne devient dangereuse que par l'abus qu'on en fait. Or, les abus sont une suite nécessaire de la faiblesse humaine, suite inséparable des meilleures institutions. Si 1 on n'admettait une chose utile en elle-même qu'autant qu'elle ne serait sujette à aucun abus, on n'oserait jamais songer à faire ce qu'il convient.
« La liberté de la presse n'existait pas en Angleterre lorsque Charles 1" expira sur 1 écliafand ou quand Jacques 11, fuyant ses États, abandonna son trône à un gendre ambitieux. Dès le commencement du règne de la maison de Hanovre, la nation obtint ce privilège, et jamais aucune maison n'avait possédé jusqu'alors le trône avec plus d'éclat et de stabilité.
« Ce n'est que par la liberté de la presse que le roi peut apprendre la vérité qu'on est si soigneux de lui cacher. C'est parce seul moyen que les fonctionnaires publics recueillent des éloges sincères ou redressent le public quand il interprète mal leur conduite. C'est, pour la nation elle-même, le plus sûr moyen d'exprimer ses plaintes et, souvent aussi, de se convaincre qu'elles n'ont pas de fondement (1). <>
Conformant ses actes à ses principes, il prit sur lui de consacrer par décret la liberté de penser et d'écrire (2).
Restait l'administration de la justice. Sur bien des points, elle était déplorable. Déjà, au commencement de l'année, le le roi avait prescrit au chancelier de se rendre dans plusieurs provinces pour faire cesser les graves abus qui y avaient été signalés. Mais, l'exemple venant d'en haut, «un coup de force» destiné à produire « un grand effet » fut jugé nécessaire.
(1) Schloezers Briefwechsel . Th. VII.
(2) Ce décret est du 20 avril 1774. Les Suédois avaient toujours été très jaloux de la liberté de la presse. Gustave III la leur reconnaît, sauf quelques restrictions. 11 est interdit, notamment, sous différentes peines, de rien imprimer contre la religion, le souverain et la nouvelle forme du gouvernement.
« Le Parlement de Jonkôping, rapporte M. de Verpennes passe pour le plus véml „t l» i "eigennes,
1" octobre .77. r P COrrom P u de tous. . Le
1 octobre 1773, Gustave III, au retour dW en
Scan*, se rend inopinément dans cette ville, accomplie de deux sénateurs, les comtes de Stockenstrôm et de Hernan son. Il y or donne la réunion i mmédiate du p arIeme n et J
r;r : méme séance ' u pr ° n ° nce ie *-- 2 -j
« J'ai été souvent obligé, lorsque des causes civiles ou cri -elles ont été portées à ma revision de justice, denier njon Parlement à discuter avec plus de soin' et d'à tenZ objets soum 1S a sa juridiction. J'ai entendu formule an es provinces que je viens de parcourir, des plaintes 'il contre la lenteur avec laquelle la justice est rendue On m'a assure même qu'un grand nombre de juges subalternes dé pendant de ce tribunal, négligent leurs emplois, les rem'p b sent rarement eux-mêmes et en confient le'soin à des "unes «e„s sans expénence et peu instruit, que le Parlement Z2
» J'ai appris encore que des procès concernant la levée
des impots n ont été ni examinés ni terminés avec autant de
promptitude que l'importance de cette matière et Wré du
peuple semblent l'exiger, et j'ai vu, dans des papiers pub, es
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pour voir par moi-même de quelle manière la justice y es administrée et si chaque classe de citoyens joui ég lemen
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