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MORT DE GUSTAVE III

Une partie de la noblesse suédoise n'avait pas pardonné à Gustave III d'avoir accru l'autorité royale au détriment de celle de l'aristocratie. Vers la fin de l'année 1791, quelques gentilshommes, parmi lesquels les jeunes comtes Horn et Ribbing, les barons de Bielke et Pechlin, le lieutenant-colonel Liliehorn et l'ancien enseigne des gardes Anckastrom, se concertèrent et décidèrent la mort du roi.

On assure que Anckastrom, homme de passions violentes et de caractère sombre, qui croyait avoir à se plaindre de Gustave III, aurait demandé à ses complices le privilège de frapper le prince,' mais que les comtes Horn et Ribbing le lui auraient disputé! Ayant tiré au sort le nom de celui qui devait être chargé d'exécuter ce crime odieux, Anckastrom aurait été désigné.

Plusieurs tentatives échouèrent; les conjurés résolurent alors d'accomplir l'attentat dans la nuit du 16 au 17 mars, pendant un bal masqué à l'Opéra, auquel le roi devait assister. Mais, au dernier moment, Anckastrom craignit de se tromper de personne au milieu de la foule. « Tu frapperas, lui répondit le comte Horn, celui à qui je dirai : « Bonne nuit, beau masque! »

Voici en quels termes Posselt, dans son Histoire de Gustave III, raconte l'assassinat :

« Quelques heures avant le bal, le roi reçut un billet écrit en français, au crayon et sans signature, dans lequel on l'avertissait du

APPENDICE

danger qui menaçait sa vie. « On est résolu, lui disait-on, à exécuter l'assassinat aujourd'hui. N'allez point à ce bal ainsi que dans les bals qui se donneront à l'avenir, au moins pour cette année. Gardez-vous de même d'habiter la grande chambre de votre château d'Haga. Je ne prétends point ici vous dissimuler vos torts, lisait-on à la fin, «je vous hais, sire, mais j'abhorre l'assassinat. » « Le roi reçut le billet sans donner le moindre signe d'émotion ; il se tourna vers les personnes qui se trouvaient près de lui et leur dit, en leur montrant l'avis secret qu'il venait de recevoir : « Une dénonciation anonyme ne mérite aucune confiance; je serai au bal au milieu de mes concitoyens, dont je n'ai offensé aucun volontairement. Si des hommes perdus ont résolu ma mort, ils sauront aussi bien me trouver ailleurs. »

ail se rendit effectivement à onze heures au bal masqué, et alla d'abord se placer dans une loge à côté' du comte de Fersen. Il y avait à peine demeuré un quart d'heure qu'il voulut descendre dans la salle du bal. « Eh bien, n'avais-je pas raison? dit-il en souriant au comte de Fersen. Si l'on eût eu quelque mauvais dessein sur ma vie, qu'y avait-il de plus facile que de l'exécuter pendant que j'étais ici seul avec vous?» Mais, à l'instant où il entre dans la salle, il se sent assailli par une troupe de masques qui se pressent autour de lui. Un personnage de la foule (on sut depuis que c'était le comte Horn) lui frappe sur l'épaule en lui adressant ces paroles : « Masque, bonne nuit !» A ce signal Ànckastrom reconnaît le roi. Le coup meurtrier part aussitôt : on avait adroitement mêlé la charge avec du camphre pour que l'explosion fût moins bruyante.

« Le roi, qui avait été atteint au-dessus de la hanche gauche assez près de l'épine dorsale, comprit à l'instant que la blessure était mortelle. Cette force d'esprit, ce calme inaltérable qu'il avait si souvent montré au milieu du tumulte des combats, ne l'abandonnèrent point ici : il était le seul dans toute l'assemblée qui eût conservé sa présence d'esprit...

« La lettre anonyme provenait du lieutenant-colonel Liliehorn, major des gardes bleus, élevé, nourri, tiré de la plus affreuse misère et de l'obscurité par le roi, comblé jusqu'à ce moment des faveurs du prince.

h Le 29 mars, Gustave III expirait à l'âge de quarante-sept ans, après avoir régné vingt-deux ans. »

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos .

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