‹ Le comte de VergennesChapitre 3 sur 237 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le 12 février 1771, à huit heures et demie du soir, le roi de Suède, Adolphe-Frédéric, décédait subitement au château de Drottmngholm, près Stockholm. Il était en train de faire une partie de cartes avec des sénateurs, quand il s'affaissa tout à coup ; aucun soin ne parvint à le rappeler à la vie. L'autopsie, pratiquée le surlendemain par le célèbre praticien Acrell, constata une attaque d'apoplexie causée par un accident gastrique.

Adolphe-Frédéric, né le 14 mai 1710, était âgé de soixante et un ans. 11 appartenait à la maison de Holstein-Gottorp- Eutin, dont il fut le premier représentant sur le trône de Suède. Il avait épousé Louise-Ulrique de Prusse, sœur du prand Frédéric, et il devait à la Russie son élévation au pouvoir souverain.

Lorsque, le 30 novembre 1718, Charles XII, au dire de Voltaire, « l'homme le plus extraordinaire peut-être qui ait jamais été sur la terre » , fut tué dans la tranchée ouverte par lui contre la forteresse de Frédrikshall, l'héritier légitime de la couronne de Suède se trouvait être Charles-Frédéric, duc de Holstein; mais, au mépris des droits incontestables de ce prince, les États de Suède assemblés élurent pour reine, le

21 février 1719, Ulrique-Éléonore, sœur de Charles XII, mariée à Frédéric de Hesse-Cassel. Ils avaient subordonné cette élection à l'engagement, par cette princesse, de renoncer à l'autorité absolue que son glorieux frère avait restaurée. En conséquence, une nouvelle constitution fut rédigée et acceptée, partageant les attributions du gouvernement entre la Royauté, le Sénat et les États.

Même limité de la sorte, le fardeau des affaires publiques fut encore trouvé trop lourd par Ulrique-Éléonore, dont la nature timide et modeste se complaisait beaucoup plus dans la lecture et l'étude que dans le faste et l'apparat d'une cour. Entièrement dominée, d'ailleurs, par son époux, qui avait su lui inspirer une confiance aveugle et une affection prête à tous les sacrifices, elle résolut, dès la seconde année de son règne, de se décharger entre ses mains des devoirs et des soucis du trône. Cette proposition ayant été favorablement accueillie par la Diète, le prince-époux fut proclamé, le 26 mars 1720, roi de Suède sous le nom de Frédéric I er .

Ulrique-Éléonore, après avoir passé de longues années dans le silence et la retraite, terminait, en 1741, son existence paisible et oubliée ; elle ne laissait pas d'enfants, et, Frédéric I" ne s'étant pas remarié, la royauté était encore une fois exposée, dans un avenir plus ou moins rapproché, aux hasards et aux dangers d'une élection.

Sans doute, suivant l'ordre héréditaire, la succession éventuelle de la couronne de Suède revenait à Charles-Pierre- Ulric, fils du feu duc de Holstein, qui aura.t dû être reconnu roi à la mort de Charles XII; mais ce jeune prince s'était donne à la Russie. La tsarine Elisabeth l'avait récemment adopte et déclaré héritier présomptif de son vaste et puissant empire. r

Afin d'assurer, dès à présent, sans secousse, la future transmission du sceptre de Suède, un parti important songeait à W de S1 gner par avance, en qualité de successeur de F é !

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