‹ Le comte de VergennesChapitre 4 sur 237 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

aurait pour conséquence certaine l'union du Danemark et de la Suède, au préjudice des intérêts de la Russie. Aussi, profitant des avantages 'et de l'autorité dus aux récents succès de ses armes contre les troupes suédoises, mit-elle comme condition à la paix, qui lui était demandée, que la succession au trône de Suède serait actuellement arrêtée et que l'héritier présomptif de Frédéric I er ne serait autre que Adolphe-Frédéric de Holstein, alors évoque luthérien de Lubeck et administrateur du duché de Holstcin-Gottorp.

C'est ainsi que, le 23 janvier 1743, Adolphe-Frédéric avait été élu prince de Suède, élection suivie, entre cet État et la Russie, de la paix signée, le 18 août, à Aho. Frédéric I" n'étant mort qu'en 1751, Adolphe-Frédéric ne devint effectivement roi qu'à cette date.

Son règne ne devait être qu'une longue période d'agitations et d'orages; et, pourtant, ce prince était animé de louables et généreuses intentions ; son cœur s'inspirait des sentiments d'humanité les plus respectables. Il faisait volontiers abnégation de lui-même et ne songeait qu'au bonheur et à la prospérité de son peuple ; mais son caractère facile, conciliant et faible ne lui permit jamais de s'élever à des résolutions viriles et supérieures aux événements qui se dressèrent en face de lui. Il s'adonna tout entier au développement des institutions de charité et de bienfaisance ; fonda une société d'assurance, des étahlissements d'instruction pour la jeunesse, des maisons d'assistance pour les indigents et les malades, des asiles pour les vieillards; il honora et protégea les arts et les sciences ; enfin il réorganisa l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

La politique lui fut moins favorable. En acceptant la succession présomptive de la couronne, il avait dû jurer de maintenir la forme de gouvernement acceptée ou plutôt subie par la sœur de Charles XII. Or, le partage mal défini du pouvoir entre la Royauté, le Sénat et les Etats devint une occasion incessante de difficultés et de conflits. Personnellement, Adolphe- Frédéric se fût, sans doute, résigné à un rôle passif et effacé,

mais

LK COMTE I)E VEBGENNES.

. la reine Louisc-UIrique (I), son épouse, intelligente autant que ficre, en vraie sœur de Frédéric II, était avide des honneurs et du pouvoir suprêmes; elle ne pouvait tolérer aucun amoindrissement de la royauté et n'agissait qu'en vue de parvenir à faire restituer au roi les droits et prérogative» d'un monarque absolu.

Encouragées plus ou moins ouvertement par ses projets et par ses espérances, des ambitions effrénées surgirent avec leur cortège accoutumé «le cabales et d'intrigues; des factions irréconciliables se formèrent: il en résulta les plus coupables excès, lesquels, en bouleversant le pays, en ébranlant les bases mêmes de la monarchie, achevèrent de mire perdre .1 la royauté toute autorité el tout prestige Les passions subversives gagnant de proche en proche, la nation se trouva bientôt divisée, en dehors de la cour, en deux partis i peu près d'égale force, dont l'un, celui des Chapeaux, tendait à constituer une oligarchie en dotant le Sénat d'un pouvoir aristocratique à peu près sans bornes; tandis que l'antre. défenseur exalté des libertés populaires el de l'omnipotence des Étais. se décora de la désignation plus modeste de Bonnets (2).

On s'est plu à voir dans la lutte acharnée de ces deux factions une réminiscence attardée des (Juelfcs el des Gibelins. Le temps et le climat y avaient, du moins, apporte des nuances notables. En Toscane, chacun sans cesse recourait aux armes: les campagnes étaient dévastées, les villes pillées; le sang coulait à flots En Suéde, la bataille ne se livrait qu'à l'aide de Diètes, de procès, de violences d'apparence légale. Toutefois, au Nord comme au Midi, le pays offrait le lamentable spectacle des mêmes haines de famille, des

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