CHAPITRE VI
les princes « obligés de s'unir à des personnes qu'ils ne connaissent point et dont le caractère est souvent incompatible avec le leur»? Septimanie fait un retour sur elle-même.
« Les réflexions de Votre Majesté sur le mariage des princes, répond-elle, peuvent s'étendre sur les mariages des particuliers... Mais cet établissement est bien plus injuste pour ceuxci ; car, assurément, il n'y aurait aucun inconvénient à les laisser choisir entre les gens de leur espèce.
« Il me semble, pourtant, que les parents doivent avoir le droit d'empêcher, parce qu'on choisirait mal à seize ans et que, d'ailleurs, il est juste de mettre obstacle aux mésalliances. Mais il ne l'est pas de nous lier à jamais à un être qu'on ne nous fait connaître que quand les choses sont engagées au point qu'on ne pourrait refuser sans faire un éclat absolument contraire aux principes et au caractère d'une jeune personne bien élevée... »
C'est bien d'elle, mariée à seize ans, qu'elle entend parler. Mais elle secoue bien vite cette mélancolie et ces regrets intéressés, et elle ajoute :
« Oui, vous avez, en effet, d'immenses engagements à remplir vis-à-vis de votre peuple ! Mais pourquoi douter de vous'? Lorsqu'on sent aussi bien le bonheur d'être aimé, peut-on cesser de mériter de l'être ? Que votre nation m'est chère ! Que la vivacité de sa joie, en vous recevant, est touchante ! Ces bons paysans ! ils me rappellent ceux du Languedoc. Ah ! en effet, vous avez dû être attendri ! Comme je vous remercie d'avoir renvoyé ces gardes ! quand ils environnent un roi tel que vous, ils ne sont qu'une barrière à l'expression de l'amour public ! »
Ces mêmes gardes, ils ne les éloignera pas toujours de sa personne. Il va, au contraire, bientôt s'en entourer comme d'une barrière qu'il placera entre lui et son peuple. Mais n'anticipons pas, et voyons si Y Ave de la jolie comtesse fut exaucé et lui évita de « faire le saut périlleux » .