CHAPITRE VII
qui puisse être élevé à la mémoire d'un bon roi. Celles que vous répandez aujourd'hui sont pour moi un aiguillon qui m'anime à la vertu et un encouragement pour mériter, à l'exemple d'un père si sincèrement regretté, votre attachement et votre confiance par ma clémence et ma bonté.
« Je ne vous parle pas ici de ce qui s'est passé dans le gouvernement depuis votre dernière assemblée ; vous en serez informés par les pièces qui vous seront communiquées. Mon absence ne m'a pas permis de rien effectuer pour le bien public ; cependant, si nous avons le bonheur de voir aujourd'hui la paix régner au dedans et au dehors, l'amitié conservée et la confiance bien établie avec les voisins et les plus anciens alliés de ce royaume, ce sont là les fruits de la prudence d'une administration à laquelle je suis bien aise de témoigner ici publiquement ma reconnaissance.
« Quant à l'objet de votre présente assemblée, je crois n'avoir pas besoin de vous en rien dire ; vous savez ce qu'exige de vous le grand changement arrivé dans cet État; vous connaissez vos droits, et c'est pour les exercer que vous avez été convoqués. Je vous souhaite, pour cela, le bien des biens du ciel, afin que la paix et l'union président à tous vos conseils et en préparent une heureuse issue.
« Né et élevé parmi vous, j'ai appris, dès ma plus tendre jeunesse, à aimer la patrie, à regarder comme le plus grand bonheur d'être Suédois et comme la plus grande gloire d'être le premier citoyen d'un peuple libre. Tous mes désirs seront remplis si les résolutions que vous allez prendre contribuent à affermir la félicité, la gloire et l'indépendance de cette nation. La voir heureuse est le premier objet de mes vœux; la gouverner libre et indépendante est le dernier terme de mon ambition. Ne croyez pas, chers Suédois, que ce soient là de vaines paroles, démenties peut-être par les secrets mouvements de mon cœur. C'est l'expression fidèle de ce que sent ce cœur, trop vrai pour n'être pas de bonne foi dans ses promesses, et trop fier pour manquer jamais à ses engagements. « J'ai vu plusieurs pays ; j'ai tâché de connaître leurs
mœurs, leur gouvernement, la situation plus ou moins avantageuse de leurs peuples ; j'ai trouvé que ce ne sont ni le pouvoir absolu dans la main du prince, ni le luxe et la magnificence, ni les trésors amassés par l'économie, qui peuvent rendre les sujets heureux; qu'ils ne le deviennent que par l'amour de la patrie et par la concorde. Il ne dépend donc que de vous seuls d'être la nation la plus heureuse sur la terre. Que cette Diète soit distinguée à jamais dans vos annales par le sacrifice de toute vue particulière, de toute haine ou jalousie personnelle, au grand intérêt du bien public.
« Je contribuerai, de mon côté, autant que cela peut dépendre de moi, à rapprocher vos esprits divisés, à réunir vos cœurs aliénés les uns des autres, afin que cette assemblée devienne, sous les bénédictions du Très Haut, l'époque d'une félicité durable pour le royaume.
« Je vous assure tous et chacun en particulier de ma bienveillance royale et de ma protection (I). s
Étant données les conjonctures graves et difficiles au milieu desquelles il était prononcé, ce discours fut considéré comme un modèle de tact, de prudence, de dignité et, en même temps, d'habileté politique. Pour l'apprécier en la forme il convient de ne pas oublier que nous n'en avons qu'une traduction ; quant au fond, on sait quels auditeurs passionnés, divises, violents, le jeune roi avait devant lui. Avec une rare sagacité, il nous paraît, à distance, avoir évité ou contourné les écueils. Ses paroles furent, du reste, accueillies par les marques les plus significatives d'approbation et de sympathie. Le comte de Vergennes, qui assistait à la séance, ne comprenant pas la langue suédoise, en était réduit à suivre sur les visages des députés, avec une anxieuse attention, l'effet produit par chaque phrase de la harangue royale. Le doute ne resta pas un instant possible : Gustave III avait réussi à trouver le chemin du cœur des membres de la Diète.
(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 259.