‹ Le comte de VergennesChapitre 88 sur 237 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Nous allons assister, dans les pages qui suivent, à un curieux phénomène de la politique de Louis XV ; nous aurons une nouvelle preuve des deux voies parallèles dont cette politique se servait : la voie officielle et la voie secrète.

Cédant à la nature timide de son esprit, le roi était devenu dissimulé et faux. « Il s'habitua, ainsi que le constate M. Boutaric, à jouer double jeu : c'est ainsi qu'il eut son trésor privé, sa politique personnelle et même un gouvernement occulte en opposition avec le gouvernement officiel. L'homme passa une partie de sa vie à entraver et à contrarier le roi (1). »

Ce gouvernement occulte était placé, on le sait, sous la direction du comte de Broglie : l'histoire en a été retracée de main de maître (2). Quand il avait été ambassadeur à Constantinople, M. de Vergennes y avait été déjà mêlé; il continuait, en Suède, à y collaborer à l'aide de ses deux secrétaires, Chrestien père et fils; mais ce n'est pas cette branche de la politique secrète qui va nous apparaître. Le vrai « secret du roi » consistait dans « une politique souterraine qui était la véritable expression de la pensée du prince, dont il ne cessa jamais d'être l'âme » , et qu'il s'efforçait de faire prévaloir, à l'aide d'agents dévoués ignorés de ses ministres, parfois à l'encontre de la politique officielle soutenue par ces

(1) Correspondance secrète (le Louis XV.

(2) M. le duc de Bboglie, Le secret du roi.

Page 1