Le comte de Vermandois
C'était Louis XVI, eu effet, qui, coutrairemeot a toutes ses habitudes, venait en personne voir le Dauphin dans son propre appartement et jusque dans sa
chambre à coucher.
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Dès que le roi avait paru, sans s'être fait annoncer, il y avait eu un tel trouble, une telle surprise parmi les officiers et les domestiques du prince, que personne n'avait osé l'aller prévenir.
Chacun était resté muet, immobile, stupéfié sur le passage du roi, qui continuait d'avancer d'un pas délibéré à travers les salons et sans autre suite que son premier capitaine des gardes, M. le duc de Noailles.
Le Dauphin accourut a la rencontre de son père jusque sur le seuil de sa chambre; mais il fut obligé de se retirer en arrière, parce que le roi entra brusquement et
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referma la porte derrière lui en laissant dehors M. de Noailles.
LouisXlVcroyaitêtre seul avec le prince, il avait le visage sombre et refrogné, le regard sévère et le geste impatient.
Le Dauphin restait, devant lui, la tête basse et l'air contrit.
La Raisin que son audace naturelle n'avait point abandonnée dans cette situation délicate et dangereuse, s'était cachée dans les rideaux du lit et se promettait de ne rien perdre de l'entretien que le roi aurait avec le Dauphin.
— Eh bien! monsieur, vous n'êtes point encore habillé? dit le roi, qui ne demandait qu'a répandre sa mauvaise humeur sur tout le monde et sur toute chose.
— Sire, Votre Majesté ne m'a pas envoyé d'ordre a cet égard! répondit le Dauphin, qui regardait du coin de Toeil si la cachette de la Raisin était bien choisie. Votre Majesté sait que j'ai pris médecine et que je garde la chambre par ordonnance de Fagon...
— Chaque affaire en son temps, monsieur; il est avéré que la rougeole n'existe nulle part a Meudon et vous pouvez cesser vos droffues. On a dû vous dire cela de
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ma part, en vous avertissant de vous rendre chez madame de Maintenon où nous aurons conseil.
— Sire, je n'ai vu personne ce matin, et il faut qu'on ait oublié de remplir les ordres de V^otre Majesté.
— Or çà, monsieur, je voudrais bien voir que quelqu'un oubliât de remplir mes ordres ! Ce quelqu'un là passerait un mauvais moment. x\lais ce n'est pas ce dont il s'agit, à cette heure: madame de Maintenon m'a fait mander que M. de Louvois, M. le chancelier et le père La Chaise étaient arrivés; venez donc avec moi, pour montrer a tous que vous êtes toujours daoS
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mes bojines grâces et que je n'ai plus d'autre fils que vous.
— Je viendrai avec empressement...
Mais je n'ai pas l'habit qu'il faut pour accompagner Votre 31ajesté en son conseil.
— Dépêchez, monsieur, car il ne faut point faire attend re madame de Maintenon, et vous devez être plus impatient que per^ sonne, en cette circonstance, puisqu'il s'agit de votre affaire... Savez-vous que je n'ai pas dormi de toute la nuit en y songeant?
- Votre IMajesté n'est pas moins inté-
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ressée que moi a ce qui touche mon honneur!...
Le Dauphin s'agitait, d'un air ahuri, sans se décider à rien ! il n'osait appeler un valet de service, et il était fort empêché de trouver un habit dans sa chambre, oîi il ne voulait pas que le roi restât seul.
— Que faites-vous à tourner ainsi, monsieur? lui demanda Louis XIV.
Le roi s'était assis majestueusement dans le plus grand fauteuil, placé au pied du lit, devant la baluslrade qui formait, la ruelle ou l'alcôve : il tournait ainsi le
dos à la Raisin, qui se divertissait de la situation au lieu de s'en épouvanter, et qui, par moments, allongeait la tête entre les rideaux en faisant la moue au Dauphin que cette espèce de bravade mettait hors de lui.
Le prince tremblait que son père ne s'aperçût,au plus léger bruit, de la présence d'un tiers ; et, pour occuper l'attention du roi, il remuait les meubles, en piétinant et en tracassant autour de la chambre.
La comédienne voyait ce manège et s'en amusait davantage, malgré les signes, impérieux et suppliants, que le Dauphin
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lui adressait pour l'inviter a se tenir Iranquille.
— Encore un coup, monsieur , êtes- Yous pris de vertige ? lui dit Louis XIV, qui suivait des yeux tous les mouvents du Dauphin. Vous ne pensez donc pas que le roi vous attend ?
— Sire je vous conjure de partir sans moi !... répondit le prince dont l'émotion allait croissant. Je vous aurai bientôt rejoint...
— Non, monsieur, reprit le roi avec un redoublement d'obstination. Je n'entends pas que vous paraissiez seul, avant que
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VOUS avez eu justice de l'offense du comte de Vermandois ; il ne faut pas qu'on puisse supposer que je vous abandonne ou que je néglige de maintenir, envers et contre tous , les prérogatives de la Majesté royale...
— Mais, Sire!... dit le Dauphin qui essaya d'un prétexte assez peu convenable pour obtenir de ne point accompagner le roi.
— Quoi? Que voulez-vous dire par la?
répliqua Louis XIV qui exigeait toujours des explications catégoriques, et qui ne daignait pas abaisser sa dignité jusqu'à paraître comprendre a demi-mot, même!
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avec l'aide de la pantomirie la plus expressive.
— Sire ! murmura le prince qui rougissait d'être contraint de sortir des réticences, j'ai pris, suivant votre ordre, une furieuse médecine.
Cet aveu , dépouillé d'artifice, n'avait rien que de naturel et d'ordinaire a la cour de Louis XÏV, où la pudeur du langage et de l'imagination n'atteignait pas encore ces menus détails de la vie privée.
Le roi ne se fut nullement étonné de l'objection singulière que le Dauphin ti-
rait de la casse et du séné que Fagon lui avait fait prendre a haute dose, selon le système de purgation préventive, adopté par tout le monde a cette époque, et mis en pratique par le roi lui même avec une incroyable notoriété, car les jours de médecine du roi étaient réglés d'après les lois de l'étiquette, comme les jours de chasse et de dévotion.
Mais ce prétexte trivial, que le prince avait inventé pour faire sortir le roi, parut si plaisant k la Raisin, qu'elle ne put s'empêcher d'éclater de rire. •
Elle essaya inutilement d'étouffer ce rire inopportun en s'en tortillant la tête
dans les rideaux, et en se comprimant la bouche avec les deux mains.
Mais elle ne pouvait vaincre la terrible envie de rire dont elle était possédée, et l'on entendait par intervalles ce ricanement spasmodique qu'elle s'efforçait en vain d'arrêter, et qui se trahissait par des éclats intempestifs.
Louis XIV resta comme interdit de ce qu'on avait osé rire en sa présence, avant desavoir qui riait ainsi.
Le Dauphin, désespéré de la découverte qui allait avoir lieu, demeurait abasourdi, les yeux fixés sur le rideau qu'il voyait
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s'agiter, et dont les plis accusaient les -f ormes d'une personne cachée. 11 eût voulu pouvoir Venfoncer sous terre pour se dérober à la colère de Louis XIV.
— On a ri! s'écria le roi en se levant d'un bond et en brandissant sa canne ainsi qu'une épée. On rit encore 1
~ Sireî dit le Daupbin qui cherchait une excuse pour son propre compte ; il ^aut que quelqu'un se soit caché dans cette chambre.
— Assurément! reprit le roi, qui désignait l'endroit d'où partaient encore quel-
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ques murmures de rire. N'est-ce point un guet-a-pens?
— Vôtre 3Iajesté est seule, sans gardes et sans suite... nous ferions mieux de nous en aller hors d'ici...
— Non, il n'y a point de danger ; car, m'est avis, les gens malintentionnés ne rient pas...
— Qui va là ? cria-t-il d'un accent impératif.
— Sire, Votre Majesté appelle? dit le duc de Noailles, qui accourut à la voix du roi.
— Monsieur de Noailles, voyez donc s'il n'y a pas quelqu'un derrière ce rideau?
La Raisin n'attendit pas que le capitaine des gardes vînt la débusquer de sa cachette.
Elle en sortit d'elle-même et elle alla se jeter aux pieds du roi.
Louis XIV lança a son fils un coup d'oeil foudroyant, après avoir examiné cette petite personne qui, tout agenouillée qu'elle était, ne se recommandait guère par la décence et l'honnêteté de son maintien.
La comédienne se montrait a visage découvert.
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— Quelle est cette femme? demanda d'un ton sévère Louis XIV, qui interrogeait du regard le Dauphin, tremblant devant lui.
— Sire, répondit le prince, a qui la présence d'esprit faisait défaut complètement : j'ignorais, je vous jure, que cette demoiselle...
— Monsieur ! s'écria le roi avec emportement, auriez-vous des maîtresses?... Vivez-vous dans le libertinage comme M. de Yermandois?
— Sire, répondit le Dauphin, à qui le nom du comte de Vermandois suggéra
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tout à coup un prétexte d'excuse, c'est M. de Vermandois qui m'a fait intercédef par celte demoiselle...
— Intercéder ? interrompit le roi, qui se sentait porté a mettre le Dauphin hors de cause, et qui ne cherchait qu'à faire re* tomber son ressentiment sur le comte de Vermandois. Pourquoi cette intercession ?
— Sire, je suis comédienne dans la troupe des comédiens ordinaires de Votre Majesté, répondit la Raisin, que l'aspect de Louis XIV n'avait pas frappée de stupeur et qui conservait toutes les ressources de son esprit. Votre Majesté a dai^^né m'applaudir de ses mains royales...
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— Je ne sais qui vous êtes, coraédieune ou iiilri^ante, el je veux connaître ce que vous venez faire dans un de mes palais, et qui plus est dans l'appartement de M. le Dauphin...
— Sire, je n'ai pas fait de mal ! répondit ia comédienne, qui commençait a s'inquiéler de la colère qu'elle voyait briller dans les yeux du roi. Je suis Fanchon Pitel, femme Raisin, et j'ai eu l'honneur déjouer Souvent avec mon mari, en présence de Votre Majesté...
— Ce n'est pas la question, s'il vous plaît 1 reprit Louis XIV en frappant sur le plancher avec sa canne. Je prétends sa-
voir ce que vous faisiez ici, quand je suis arrivé ?
— Sire, cette demoiselle est entrée céans malgré moi! dit le Dauphin, qui empêcha la comédienne de répondre et qui lui fit signe de se taire; elle y est restée aussi à mon insu. Elle venait présenter une supplique pour des protestants»..
— J'entends, dit le roi : ce sont des protestants du Dauphiné, au sort desquels M. de Vermandois s'intéresse. 11 y a un certain comte de Chantemerle.
--' Oui, sire, répliqua la Raisin, qui ju-
f^ea que l'occasion était bonne pour se faire bien venir du roi.
— Taisez-vous , madame , interrompit Louis XIV, et laissez parler le Daupliin, en attendant qu'on vous interpelle à votre tour.
— C'est, en effet, un certain comte de Chantemerle!... dit le Dauphin, qui n'hésita pas a rejeter tous les torts sur le comte deVermandois.LaRaisin, qui est une fille prudente, n'a pas fait cette démarche sans y être poussée...
— Par M. de Vermandois, sans doute ?
demanda vivement le roi. Je vois que M. de
Vermandois a fort a cœur la grâce du comte de Clianlemerle.
— C'est lui qui a déterminé la pauvre Raisin a s'en venir solliciter cette grâce, et, k la fois, celle des Templiers.
— La grâce des Templiers! répéta Louis XIV indigné. Il faut avoir perdu toute vergogne! La grâce des Templiers!
Mais ce sont des libertins, des joueurs, des ivrognes, des athées, des infâmes!
— On m'a pourtant assuré, reprit le Dauphin , qui se rappela que son favori, le chevalier de Lorraine, pourrait être
' compris dans un nx)uveau procès des Tem-
pliers, oui, on m'a bien assuré que ces gens-là n'étaient que des fous.
— M. de Vermandois a trempé dans les horreurs de ces Templiers, repartit brusquement la Raisin, et M. le chevalier de Lorraine lui a enseigné cette belle doctrine! Ces Templiers sont la plupart de joyeux compagnons, qui comptent parmi les meilleurs sujets du roi, et qui n'ont pas d'autre vice que d'aimer la bouteille plus que de raison!...
— Comment ! s'écria Louis XIV, étendant les mains enrayant comme pour repousser]avec horreur la comédienne; cette vilaine a l'audace de faire devant nous
l'éloge des Templiers? Ne serait-elle pas aussi (le celte académie de débauche ?
— Sire, je ne sais qui elle est !... dit le Dauphin, qui essayait en vain d'imposer silence a Fanchon. Je la rois aujourd'hui pour la première fois.
— Pour la première fois! murmura la Raisin, qui ne se résignait pas a être reniée en face ; monseigneur, regardez-moi un peu, s'il vous plaît !
— Emmenez cette fille! interrompit Louis XIV en s'adressant au duc de Noailles ; elle est bien dangereuse, et je la crois capable des plus méchants tours.
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— Je ne défends pas les Templiers s'ils ont mal agi, ajoula la Piaisin, résistant au duc de Noailles qui exécutait l'ordre du roi. M. le chevalier de Lorraine se portera garant pour tous, n'est-ce pas, monseigneur?
— C'est une abominable dame d'intrigues, dit le roi au Dauphin. Est-il possible que vous, monsieur, vous vous commettiez avec de pareilles créatures! ,ce serait a faire a M. de Vermandois. Mais vous! le Dauphin de France! vous, mon fils!...
— Sire, elle a pénétré ici sans que j'aie été prévenu, dit le Dauphin en baissant la voix, et elle y est restée sans doute pour
surprendre ce que vous alliez dire au sujet de M. de Vermandois.
— En vérité ! répliqua le roi, que cette réflexion parutpréoccuper, mais dans quel intérêt? quel était le but de son espionnage? M. de Vermandois a-t-il quelque accointance coupable avec celte chevalière d'industrie?
— Je n'en jurerais pas!... dit le Dauphin qui avait hâte d'échapper au regard inquisiteur de son père. M. de Vermandois avait des maîtresses, et ces femmes de théâtre sont de redoutables sirènes...
— Monsieur le duc! cria Louis XIV en
rouvrant la porte par laquelle le maréchal de Noailles venait de sortir avec la Raisin. Cette fille est une débauchée, et j'entends qu'elle soit punie. On l'enfermera donc aux Madelonnettes ou aux Filles-Repenties!
On entendait les cris, les sanglots et les plaintes de Fanchon, que le ducde Noailles avait remise entre les mains des gardes.
Le Dauphin, que ne retenait plus dans sa chambre la crainte d'y laisser la Raisin en présence du roi, obtint la permission d'aller achever sa toilette, pendant que le duc de Noailles tiendrait compagnie au roi, avant d'accompagner le roi chez madame de Main tenon.
— Je vous accorde dix minutes, lui dit Louis XIV en le cong^édiant : je suis fâché que vous n'ayez pas vu ce matin votre confesseur : il vous eût préparé a notre conférence d'État. f
Le Dauphin avait du remords au sujet de la Raisin, et pendant qu'on l'hahillait a la hâte, il poussait de gros soupirs, en pensant que sa maîtresse était conduite par l'ordre' du roi au couvent des Madelonnettes ou dans la maison des Filles- Repenties; il se promettait bien de l'en faire sortir le plus tôt possible ; mais il ne se dissimulait pas que l'ordre du roi serait peut-être un obstacle difficile à surmonter.
'^ Le chevalier de Lorraine, qui avait ses entrées libres dans l'appartement du Dauphin, arriva sur ces entrefaites.
11 était radieux, et il semblait impatient de s'entretenir avec le prince, qui alla audevant de son désir, en faisant retirer les valets de chambre.
— Gardez-vous bien de vous montrer, chevalier! lui dit le Dauphin : le roi est là, dans ma chambre, qui semble fort mécontent contre vous, et qui ne parle de rien moins que de vous faire brûler avec tous vos Templiers.
— On ne brûlera personne, monsei-
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gneur, répondit gaîment le chevalier de Lorraine, et vous pouvez vous faire Templier, si vous êtes curieux de boire et de jouer ! Voici que je vais rentrer en grâce et que l'on a besoin de mes services... r'
— Vos services, mon cher chevalier, me viendront bien à point : cette malheureuse Raisin s'en va aux Madelonneltes !
— Aux Madelonnettes! répéta le chevalier, en éclatant de rire. Oh ! la bonne aubaine pour les Madelonnettes I
-^ Ne riez pas si fort, car le roi n'est
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pas loin et pourrait nous entendre. Oui, chevalier, elle est aux Madelonnettes^ cette infortunée Fanclion, a moins qu'elle ne soit aux Filles-Repenties ! Mais nous ne l'y laisserons pas longtemps, si faire se peut.
— Le cas est divertissant, et j'estime que la Raisin n'y sera point enfermée pour la première ni pour la dernière fois de sa vie. On a voulu la tenir a distance de son mari, qui est encore au For-l'Évêque. Mais ce n'est pas vous, monseigneur, qui les avez mis tous deux en chartre privée, pour leur apprendre a se marier sans votre agrément ?
— Fi donc! je suis aise, au contraire.
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qu'ils se soient mariés, pour vous garantir de la médisance; mais je suis fâché que Fanchon aille auxMadelonnettesl... C'est le roi qui l'y envoie... Nous reparlerons de cela, et vous verrez a la tirer habilement de ce mauvais pas.
— Je m'y engage, monseigneur, et la chose me sera facile, d'autant que je suis dans les bonnes grâces de M. de Louvois; qui m'a fait prier de venir le trouver au sortir du conseil. Quel est ce conseil extraordinaire qui doit se tenir chez madame de Maintenon ?
Le Dauphin ne pouvait continuer cet entretien : le délai de dix minutes qui lui
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avait été accordé pour sa toilette, était passé. Louis XIV, perdant patience, frappait de sa canne le parquet, qui retentissait aussi sous son talon rouge.
Le duc de Noailles alla, par l'ordre du roi, heurter a la porte de la pièce où était le Dauphin, qui n'eut que le temps de prendre rendez-vous avec le chevalier de Lorraine, pour le soir même.
Le Dauphin se hâta de rejoindre le roi, qui lui adressa quelques reproches sur sa lenteur et sa paresse, après quoi ils s'en allèrent ensemble,par les i^rands appartements, jusqu'à l'appartement de madame de Maintenon.
La visite matinale de Louis XIV chez le Dauphin , la longue conférence qu'ils avaient eue tous deux, l'aventure encore mal connue de la Raisin, le conseil extraordinaire qui s'assemblait chez madame de Maintenon, toutes ces circonstances avaient produit a la cour une sourde agitation.
Mille bruits, mille rumeurs circulaient parmi les habitants du château, toujours prêts à commenter et a interpréler les moindres paroles, les moindres de'marches, les moindres apparences.
On ignorait absolument ce qui s'était passé a Fontainebleau entre le Dauphin et
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le comte de Vermandois; mais on disait que le marquis de Louvois et madame de Maintenon avaient eu, [la veille, en présence du roi, une vive akercation qui devait amener inévitablement la xhute du ministre.
Personne, cependant, ne savait quelle avait été l'origine ou la cause de cette altercation, dans laquelle on ne soupçonnait pas que le comte de Vermandois pût être intéressé.
Mais la cour, qui, à cette époque, était sans cesse occupée h forger des nouvelles, attribuait a de graves raisons d'État la réunion de ce conseil extraordinaire, dans
lequel les seuls ministres convoqués étaient Louvois et son père, Michel Le ïellier.
On ne connaissait pas encore les personnages qui devaient figurer dans cette assemblée secrète, dont madame de.Maintenon serait l'âme.
On racontait seulement qu'il était question de prendre des mesures de rigueur contre les protestants qui se soulevaient en Languedoc, a l'exemple de ceux du Dauphiné, et qui s'agitaient souterrainement par toute la France.
On parlait déjà de la révocation de Tédit de Nantes, laquelle existait dès-lors
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en projet, mais qui ne devint un fai*^ accompli que deux ans plus tard-.
Lorsque le roi et le Dauphin arrivèrent ctiez madame de Maintenon, les trois personnes qui avaient été mandées s'y trouvaient déjà réunies.
C'étaient Louvois, Le Tellier, le père La Chaise.
Le silence le plus absolu régnait dans la chambre, où étaient assises ces trois personnes, qui ne remuaient pas plus que des cadavres dans un tombeau, et qui n'échangeaient entre elles que des regards discrets.
Ma(ld'"f^® de Maintenon semblait êire 1^ présidente dt? ce sénat d'ombres immobiles. Elle était, comme à l'ordinaire, enseyelie sous ses coiffes, d'oIi elle lançait, par moments, un éclair parti de ses yeux verts, qui ne rayonnaient que dans les ténèbres^ comme ceux des oiseaux de nuit.
Pour se faire une contenance, elle le- 7, ^^ nait ouvert un livre de prières qu'elle feignait de lire.
Son amie et sa confidente, madame la marquise de Monchevreuil , n'était pas, cette fois, blottie dans la ruelle du lit : on t'avait reléguée au fond d'un cabinet voisin, OU' elle ne pouvait rien entendre,
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mais où elle se trouvait la toujours a la disposition de madame de Mainienon.
La chambre semblait plus sombre encore que d'habitude.
Aucune clarté de jour ne filtrait entre les rideaux des fenêtres hermétiquement fermées, mais deux tisons qui brûlaient dans la cheminée, derrière un large para- Ycnt de tapisserie, envoyaient ça et Ta des lueurs errantes qui se reflétaient sur le plafond et sur les murs, en diminuant l'obscurité de l'espèce de crépuscule, au milieu duquel se plaisait à vivre la dame du lieu, semblable a une sibvlle préparant „ SCS oracles.