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seraMait préoccupé et soucieux. !\îais j'évilede vous causer la moindre ^êne !...
— Vous savez pourtant, monsieur, reprit le jeune homme en devenant froid et réservé a son tour, que je vous reçois toujours avec plaisir; vous savez que j'ai pour vous une estime toute particulière, et je suis fort satisfait qu'on vous ait choisi pour remplacer le vénérable abbé Gofas...
— J'aurais souhaité pouvoir me rendre digne de ce choix, monseigneur !...
— <Juel autre plus digne que vous, mon-
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sieur ? Votre éîoge était veau jusqu'à moi, de différents côtés, quand il m'a été donné de vous juger et de vous apprécier par moi-même; j'avais ouï vanter votre savoir et votre éloquence, votre charité et votre vie édifiante...
— Vous me couvrez de confusion ! interrompit le prêtre, en rougissant de ces louanges que sa mg^destie l'empêchait de s'accorder lui-même : la vérité est que je valais peu de chose et que je vaux moins maintenant.
— Que voulez-vous dire par là ? repartit le prince étonné et presque blessé.
^ Je veux dire, monseigneur, que je
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VOUS demande la permission de quitter une charge trop lourde pour mes forces, et de remettre à quelque autre la direction de voire conscience.
— 11 n'y a pas vingt jours que vous avez été agréé par ma mère et nommé par le roi!
— Je vous prie de croire, monseigneur, que ma détermination n'a rien qui vous soil personnel...
— Mais enfin, monsieur, il faut un motif, un motif réel, un motif grave et honorable ?
Un motif ! ... Je n'en ai paft d'autre que
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le désir de vivre hors du siècle et loiii du monde.
•"— Est-ce donc une vocation subite pour entrer dans un couvent ?
— Non, monseigneur; j'éprouve, sans doute, iitt singulier besoin de retraite et de solitude, mais je ne me sens point assez touché delà grâce divine, pour prononcer des vœux monastiques.
*-D'oii vous vient tout k coup ce besoin de retraite et de solitude ?
— C'est qu'il s'est fait subitement un
grand trouble dans mes idées, dans mes projets!...
— Et pourquoi ce trouble ? Qui Ta fait naître? Je n'en suis pas la cause... indirecte...
— Je répéterai ce que j'ai dit tout à l'heure a Votre Altesse : je la supplie de se regarder comme bien étrangère a la détermination que j'ai prise de me retirer.
— Vous avez vos secrets, monsieur, et je n'ai pas le droit d'y pénétrer !
-=- J'insisterai seulement sur ce point,
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monseigneur j que j'aurais été heureux de me consacrer au service de Votre Altesse et de coopérer k son éducation religieuse.
— Je comprends, dit le prince, en souriant avec bonté : vous n'êtes pas trop content de votre élève, monsieur l'abbé Cornouaille ?
— Votre Altesse ne m'a jamais donné le moindre sujet de mécontentement.
— Dites la chose telle qu'elle est : je ne suis pas un pénitent très facile à conduire,..
— Monseigneur, je ne dirai pas cela !
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— ■ Dites-le, sans vous gêner, puisque je reconnais le fait et m'en accuse.
— Le fils d'une mère aussi pieuse que la vôtre, monseigneur, ne saurait manquer de religion, mais la piété d'un prince ne doit pas non plus être celle d'un saintj et je vous pardonne, jeune et ardent comme vous êtes, de négliger quelquefois vos devoirs de chrétien...
~ Je vous remercie de cette indulgence, mais je n'en abuserai pas, croyez-le bien... Dès que vous prononcez le nom de ma sainte et vénérée mère, c'est un noble exemple que vous me proposez, c'est un bon conseil que m'adressez : je profiterai dû conseil, je suivrai l'exemple.
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— Voulez-vous, monseigneur, en parlant avec tant de raison et de sagesse, ajouter au regret que j'éprouve d'être forcé de me séparer de vous ?
— Qui vous y force, encore une fois, mon père?
— Hélas ! monseigneur, ne m'interrogez pas!... Mais j'oubliais le principal objet de cette visite. .. C'est une lettre que je dois vous remettre en mains propres, monseigneur.
Il tira cette lettre de dessous son scapuiaire et la présenta au prince, qlii très-
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saillit en reconnaissant l'écriture de sa mère.
Le comte de Vermandois ne se pressa pas toutefois de rompre le cachet qu'il examinait avec une émotion croissante.
Ce cachet, dernier souvenir matériel que Sœur de la Miséricorde eût emporté des vanités mondaines dans le couvent des Carmélites, portait les armes de France accolées à celles de La Vallière.
— Je vous laisse tout entier a la lecture de cette lettre, monseigneur, dit l'abbé Cornouaille.
^ J'ai besoin, en effet, d'être seul quel-
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ques momenls. Cette lettre, dont j'ignore encore le contenu, l'intention que vous m'avez manifestée de ne pas rester davantage attaché h ma personne, le trouble extraordinaire dans lequel vous vous dites jeté subitement, votre air d'anxiété et de tristesse, tout concourt a me causer de l'inquiétude...
— Je vous assure de nouveau, monseigneur, que Votre Altesse n'est point intéressée dans la circonstance qui me fait partir...
— Partir? Vous parlez donc?... Vous ne partirez pas du moins, avant de m'avoir revu...
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— Je comptais partir ce soir ou celte nuit...
— Mais pourquoi ce départ, vous dis-je?
Où devez-vous aller ainsi ?
— Votre Altesse ne m'obligera pas à refuser de lui répondre, sinon à mentir !
— Monsieur i'abbé, s'écria le comte de Yermandois, en le regardant fixement, ma mère serait-elle malade ?
— Non, Dieu soit loué, monseigneur, car j'ai reçu d'elle une lettre qui renfermait celle que je vous remets, et dans
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cette lettre, elle se plaint de ce que sa santé reste florissante, en dépit des austérités inouïes et des macérations qu'elle s'impose. « Il semble, dit-elle, que Dieu veuille me donner tout le temps qu'il faut pour ach^er ma pénitence ici-bas. »
— Certes, mon père, je n'ai pas le droit de vous retenir un jour ni une heure de plus dans une charge que vous avez acceptée par pur dévoûment; mais je vous conjure de ne pas partir encore... J'aurai affaire bientôt de vos bons avis et de vos consolations peut-être.
— Il importe que je parte, monseigneur ! Ahl si vous saviez dans quel intérêt, vous seriez le premier à m'y encourager.
— iN> craignez- VOUS pas, monsieur, que votre brusque départ ne soit comme un reproche éclatant à mon endroit? Ne dira-t-on pas que vous avez renoncé à corriger mes mauvaises passions et h tenir têle à leur révolte ?
— Ail ! monseigneur, je serais au désespoir d'être la cause involontaire d'une semblable calomnie !
— On le dira cepondaiil, on le croira peut-être, et le roi en prendra un nouveau ressentiment contre moi.
— Pour empêcher cette injustice, je ferai tout ce qu'il faudra, monseigneur; je
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prétexterai un voyage, un accident, une maladie...
— Vous ferez mieux encore, vous ne partirez pas, monsieur !
— Je vous ai dit, monseigneur, qu'il s'agissait de l'intérêt du prochain, de la vie de mon frère...
— Je respecte alors votre résolution, et
ne ferai rien pour y mettre ol)stacle ; bien
au contraire, comptez sur moi, comptez
sur mon empressement à vous servir en
toute chose... Votre frère... Vous avez un
frère ?
— Il est mon aîné, et je lui dois presque le respect qu'un fils doit à son père.
— Oh ! si j'avais un frère, moi ! s'écria le comte de Vermandois, en pensant au Dauphin... Vous partirez donc, puisqu'il le faut; vous partirez, mais vous reviendrez, n'est-ce pas ?
— N'insistez pas pour que je revienne, monseigneur , une fois que je serai parti !
— Où irez-vous ainsi v Je veux savoir où vous irez!... Car vous ne parlez pas seul ?
— Je pars avec mon frère! répondit l'abbé Cornouaille, qui ne se sentait plus capable de garder son secret.
— Ce n'est pas curiosité ni indiscrétion, quand je vous interroge, mon père... Et si je vous demandais de partir avec vous ?
— Avec moi ! avec nous ! monseigneur, vous ne savez pas!... tous ne soupçonnez pas!...
— Je sais tout, justement, monsieur l'abbé!... C'est vous qui ne savez pas que j'ai juré de sauver M. le comte de Chantemerle !
— Le comte de Chanlemerle ! répéta l'abbé interdit. Vous avez eu en vos mains sa a^ràce signée par le roi...
— N'étiez-vous pas présent, en elTet, quand M. Colbert, près de mourir, m'a remis ces lettres de içrâce?
— Hélas! ce sont ces lettres de grâce qui ont fait quelque temps mon espoir et ma sécurité... Mais que sont-elles devenues ?
— J'ai honte de l'avouer, elles ont disparu depuis ce jour-la même, soit que je les aie égarées, soit que quelqu'un me les ail soustraites a dessein...
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— Ainsi, monseigneur, dit l'abbé Cornouaille avec un airde doule et de défiance, Yous n'espérez pas qu'elles se retrouveront ?
— Hélas ! je donnerais pour les avoir la moitié de mou apanage de prince du sang!
— Oserai-je vous demander, monseigneur, d'où vient le grand intérêt que vous inspire M. de Chantemerle ?
— Oh! reprit le prince, qui ne s'attendait pas a cette question : je n'ai pas d'autre intérêt que celui qu'on porte a un gentilhomme malheureux et persécuté.
— Et VOUS ne connaissez pas même le comte de Ghantemerle ?
— Je le connais... seulement par le bien qu'on m'a dit de lui, et c'en est assez pour que je m'intéresse à sa personne... Il n'est pas besoin, comme je l'ai dit a M. Colbert, qui m'adressait la même objection, il n'est pas besoin de connaître les gens pour leur rendre des services.
— C'est étrange! répliqua recclésiastique, se parlant à lui-même.
— Non, ce n'est pas étrange, monsieur, repartit le prince avec noblesse. II y a dans
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nos cœurs, dans les cœurs bien nés, une sympathie instinctive pour loule infortune qui n'est pas méritée Dieu m'est
témoin que je ferai tout au monde, pour que M. de Ghantemerle s'en retourne sain et sauf dans sa terre en Dauphiné !
— En ce cas, monseigneur, vous devez vous hâter; car vous n'ignorez pas que son arrêt est prononcé sans appel.
— Qu'importe ! puisque M. de Chantemerle est en lieu de sûreté ?
— Le sieur Lebret, conseiller du roi et commissaire de Sa Majesté en Dauphiné,
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a jugé et condamné par contumace les absents, et il a requis particulièrement la peine de mort contre M. de Chantemerle, avec confiscation de tous ses biens au profit du roi.
— Monsieur l'abbé, il faut que je voie M. de Chantemerle tout a l'heure...
— Monseigneur! s'écria le prêtre, étourdi par cette brusque et pressante sollicitation. Je ne sais... Je ne puis...
— Allez de ce pas, je vous prie, lui annoncer ma venue. Je vais dans peu d'instants, me rendre seul a votre appartement.
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L'abbé Cornouaille n'essaya pas de balbutier quelques excuses évasives : il ne pouvait clouter que le prince ne fui très exactement renseigné a l'égard du comte de Chantemerle.
Il s'inclina donc en silence, l'air troublé, la rougeur au visage, et il sortit en levant les yeux au ciel.