LIBRAIRIE D'AMYOT, ÉDITEUR
H* me de l« Paix.
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La place de don Juan Manuel, quoique marquée depuis quatre siècles dans la galerie de vos hommes illustres, était restée vide ; c'était comme ce cadre du palais Ducal de Venise qui porte le nom d'un Doge célèbre et qui attend toujours son portrait; j'ai essayé d'ébaucher la grande figure vers laquelle m'attiraitrauréole du génie, et si cette esquisse vous paraît incomplète, vous retrouverez les traits qui m'ont échappé dans le Cojnte Lucanor, œuvre originale, doublement caractérisée par la pensée et par le style où l'homme se peint lui-môme avec cette vérité de coloris qui donne la vie et achève la ressemblance.
J'ai tenté aussi de résoudre une question d'histoire littéraire que des prétentions rivales ont plus obscurcie peut-être que les ténèbres du moyen-âge ; il s'agissait de déterminer la marche que l'apologue Indien a suivie en |)assant d'Orient en Occident ; une investigation approfondie m'en a fait reconnaître la trace sur le sol de l'Espagne longtemps avant lé-
poque où Jean de Capoue l'introduisit en Italie j mais, quoique ma conviction se soit formée sur des preuves scrupuleusement vérifiées, le suffrage de l'Académie peut seul assurer à mes paroles l'autorité qui leur est nécessaire pour vaincre tous les doutes ; j'appelle donc sur ce point de controverse le jugement de mes nouveaux confrères , en les priant d'agréer l'hommage de mes sentiments de respect et d'aftection.
A. DE PUIBUSOUE.
Pari?, 15 fcviler 1854.