PROLOGUE
de la même manière ; car ceux-ci servent Dieu d'une façon et ceux-là d'une autre. Chacun agit également pour son Seigneur; tous le servent, inais tous ne le servent pas de la même manière. Les laboureurs, les artisans, les chasseurs, et tous ceux enfin qui se livrent àla même industrie, l'entendent et l'exercent différemment. D'après ces exemples et beaucoup d'autres qu'il serait trop long d'indiquer, on peut conclure que, bien que tous les hommes soient hommes, et que, comme tels, ils aient un esprit et un cœur, ils ne se ressemblent pas plus par leur manière de voir et de sentir que par les traits de leur figure ; il est pourtant un point de conformité entre eux ; c'est que tous ont plus de 'goût, d'intelligence et d'aptitude pour ce qui leur plaît que pour ce qui ne leur plaît pas. Ceci reconnu, quiconque veut enseigner une chose, doit l'enseigner comme il convient le mieux à celui qui veut l'apprendre. Beaucoup de gens n'entendent pas ce qui est abstrait ou difficile ; ils ne peuvent donc aimer certains Uvres. ni prendre goût à les lire ; et par suite, il n'en tirent aucune utilité. Voilà pourquoi, moi, don Juan, fils de l'infant don Manuel , gouverneur-général de la frontière et du royaume deMurcie, j'entreprends de
faire ce livre dans lequel je mêlerai de mon mieux quelques moralités aux choses les plus intéressantes