FIN DES EXEMPLES
DON JUAN MANUEL ET DON JUAN LE BO&GNB (Page 26).
Copistes inattentifs^ quelques historiens^ et après eux Ferreras, ont mis sur le compte de don Juan les excès et les meurtres commis par don Juan le Borgne, tant à Burgos qu'à Zamora. L'équivoque était facile, j'en conviens, car l'auleur de la Chronique, au lieu d'indiquer chaque fils d'infant par le nom de son père, comme il Ta fait partout ailleurs, les a confondus l'un et l'autre en les appelant simplement don Juan ; mais tout s'éclaircit, pour peu qu'on suive avec attention l'ordre des faits reproduits, soit d'après le manuscrit royal, soit d'après les trois éditions imprimées. Don Francisco Cerda y Rico prévient par une note (p. 63) qu'il existe dans les premières éditions des passages qui ne se trouvent pas dans le manuscrit original, et que ces passages, lorsqu'il juge utile de les intercaller dans son travail, sont marqués par des astéri-
?[ues. £h bien ! il y a précisément à la pa^e 67, là où la conusiou commence, un signe d'intercallation, et le morceau rapporté est évidemment d'une autre main. 11 n'en faudrait pas davantage pour rendre douteuse l'authenticité de ce morceau, s'il contenait les prétendus griefs qu'on y a vus contre don Juan Manuel. Heureusement, il n'en est pas ainsi, et l'on peut accepter sans péril et le texte primitif, et la relation ajoutée.
Le titre du chapitre xxxi est ainsi conçu : De Como los de Zamora tomaron por su tutor à don Joan fijo del infante don Joan et dexaron à don Joan fijo del infante don Manuel (p. 64). Comme quoi ceux de Zamora prirent pour tuteur don Juan, fils de l'infant don Juan, et abandonnèrent don Juan, fils de l'infant don Manuel,
Le titre du chapitre xxxii n'est pas moins explicite ; le
voici :
De como don Joan fue a Burgos et moto a doji Garcia de VUlamayor et a Joan Rodriguez de hofa$y etc. (p. 65). Ck>inme quoi Don Juan alla à Burgos et fit périr don Garcia Vil lamayor et J. Rodriguez de Rojas.
Si l'on admet rexacti|u(|c de^ titres^ le second opposé au premier démontre que le coupable est Don Juan, et non don Juan fils de Vinfant Manuel. Que dit le texte du chapitre? «Que don Juan avait été exclu de la tutelle par ceux de Zamora^ qui avaient nommé don Juan à sa place; mais que ce dernier, qui s'était établi dans la citadelle, ayant été reçu dans la ville et mis en possession de tout, s'était livré aux plus graves excès, comme il l'avait fait partout où il était tuteur, ce qui les avait fort affligés; qu'il était parti ensuite pour Burgos^ où il avait mis à mort deux chevaliers de distinction, etc. i
La substance même de ce texte conGrme l'induction tirée du titre. Aurait-on pu dire de den Juan Manuel qu'il avait fait du mal partout où il était tuteur, lui qui était l'homme le plus populaire de l'Espagne et que tous les partis se diq>utaient? D'ailleurs, il ne faut pas oublier que le siège de sa tutelle était l'Andalousie et qu'il s'y trouvait alors. Si la Chronique ne uientionne pas cet alibi, elle fait mieux, elle en rend la preuve superflue. Reprenons l'ordre officiel des faits: Zamora, qui s'était d'abord olTertc à don Juan Manuel, pui9 donnée à don Juan le Borgne, avait fini par appeler nu faut don Philippe, et celui-ci s'était mis aussitôt en marché «Les Zamorans dit le chapitre xxxui (Ghr. de Yillazaq, » p. 349), envoyèrent vers l'infant don Philippe pour qu'il prit Y) la tutelle de leur ville et qu'il les débarrassât de don Juau; » en attendant son arrivée, ils machinèrent de leur mieui( n pour s'emparer dp la citadelle, et parvinrent à l'enlever à n celui qui la gardait pour don Juan. (It l'infant don Philippe D ayant reçu des lettres de Zamora, se mit en marche, et quân ques cavaliers qui puaient pour don Juan lui en donnèrent » avis ; et don Juan, dès qu'il sut que don Philippe venait à » Zamora, envoya dire à don Jfuan, fils pb L'iKiTAifT ]>oif » MANUEL, qui était tuteur et avait amitié avec lui, qu'il V lui vint en aide; car il voulait aller à Zamora, puisque don v> Philippe y allait; et tous deux se joignirent à Alva de Tor- » mes, etc. ( Et don Joan desque sopo que D. Velipe venia à » Zamora eavio decir à don Joan, wuo dbl irnrAinrE stoii ma- » NUELy que era tutor et avia amistnd de çonsuno, que le tuesç » ay udar, ça el queria venir a Zamora^ p^es venia y 0.. Felipe, » Et amos a dos ayuntaronse ep A(va de Torv^ee^ çS^, » p. 67.) »
Cette qualiflcation : Fils de Tinfant don Manuel commence un tclaiYCisdemeat t|ue le reste 4u* chapitre «icktète. (ta y tOlt
Sue don PhUjpp.^ $'<]ippQfi^ à r<iicoupatioa de Zaaior4; QU^to^c^ on luan^ âl$ékdon Jiuan Hfarmi m\ vs^loir tes titre$ de dda Juan> fils de l'infomt don Jfijuin, à la tutelle de ZsMPQpra: que dop, Philippe lui répond qu'il est oncle et tuteur du roi^çqoutre^* frère du roi don Ferdinand^ et que ceui: de Zamora l'ont ^p^ pelé àcause de tous les npiaux et dommages qu'iU avaient reçus de ckm Juan, (Et que los de Zainora epviaran por el por muchos maies et danos et desaguisados que rçscibiera^ de <M Jûon. p. 68.)
4e cite textuellement et je traduis mot à mot comme ui\ avocat qui plaide sur pièces; car il ne s'agit de rien moins que d'arguer de faux une incrimination aue la méprise d'un premier écrivain a fait passer dans la plupart des histoire q'|spagne^ anciennes et modernes.
PIEBRE-ALPHONSE (Page 133].
Pierre-Alphonse ou d'Alphonse, auparavant Rabbi Moïse Sepljiardiy naquit en 1062^ à Huesca, dans le royaume d'Aragon^ luVi^Ievé dans la religion judaïque^ qui était celle de ses pères> et se distingua par ses connaissances dans plus d'un gen^e. A rage de quarante-quatre ans, il embrassa de bonne foi le christianisme et fut baptisé dans sa ville natale^ par Etienne,
7ui en était évoque, le jour de la fête de Saint-Pierre, 1106 1Ï44 de l'ère d'Espagne), d'où il prit le nom de Pierre, auquel il ajouta celui aAlphonse, en l'honneur d'Alphonse YI, r^i de Castillc et de Léon, qualiflé d'Empereur, qui voulut bien être son parrain, et qui lui donna la charge de médecin dans son palais. Ses co-religionnaires calomnièrent les motifs de sa conauite; les uns l'accusèrent d'avoir changé de religion par mépris pour Dieu et pour sa parole; d'autres, par îgûo-^ rancc de la loi et des prophètes; d'autres, enQn, par vaine gloire, par intérêt, et parce qu'il voyait sa nation avilie. Pour réfuter toutes ces attaques, il composa un dialogue en douze titres, ou plutôt douze dialogues entre un Juif et un Chrétien, dans lesquels le Juif Moïse {Moseh), nom qu'il portait avant son baptême, propose les difficultés, et le Chrétien pierre- Alphonse, nom' qu il reçut en baptême, répond à tout d'imè itnailière victorieuse. Ces dialogues (urent imprimés à Cologne^
i536, in-8*> sous ce titre: Dialogi lectu dignissimi, in quibui impia Judœorum opiniones confutantur, quœdamque prtfpkeUh rum abstrusiora loca explicantur. Ils ont été insérés dans la CTande Bibliothèque des Pères, t. xxi, p. 172-221 , édition de Lyon; Mariana (Historia gênerai de EspanOi t. i, p. 471); Ferreras [Sy^nopsis historica Chronologica de Espana); Nicolas Antonio (Biblioth, Hisp, vêtus), et don Jozé Amaaor de los Ri os lEstudios sobre los Judios de Espana, p. 246), en parlent avec éloge. En effet, ces dialogues sont très-solides et trèssavants, quoique l'on puisse y reprendre quelques raisonnements faibles ou bizarres. Voir aussi l'Histoire générale cf/?*pagne, traduite de Jean de Ferreras par d'Hremilly, t. m, p. 299.
Le second ouvrage de P. Alphonse est intitulé : DiscioUna clericalis. L'auteur explique ainsi ce titre : « Huic li belle nomen injungens et est ex re , id est, clericalis disciplina. Reddit enim clericum disciplinatum. » Ce que le traducteur français du xv* siècle a rendu ainsi : « Discipline de clergie, parce qu'elle rend le clerc bien doctrine, ou autrement le chastoiement. » Selon P. Alphonse, son ouvrage n'est qu'une compilation en partie de proverbes des philosophes arabes, en partie de fables et de vers, en partie de semblance de bètes et d'oiseaux
Le texte latin n'a existé qu'en manuscrit jusqu'en 1824, époque à laquelle il a été imprimé dans le tome ni des Bibliophiles frauçms. Il a été collationné parM. Méon, sur sept manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Oudin fait mention d'un exemplaire appartenant à la Bibliothèque d'Oxford, et d'un autre appartenant à celle de Cambridge. Rodriguez de Castro n'en connaissait qu'un dans la Bibliothèque de l'Escurial {Escritores Rabinos espaOoles, p. 20). Nicolas Antonio ne parle que de l'exemplaire du Vatican, et encore avec inexactitude.
La version française publiée en regard du texte latin par la Société des Biblionhiles était également inédite. Elle date du milieu du xv* siècle. M. Méon, dont l'opinion est d'un si grand poids, pense qu'elle est de Jean Miélot, chanoine honoraire de Saint-Pierre de Lille et secrétaire de Philippe-le-Bon.
Quant à la version française envers, sous le titre de: Chas* toiement ou Castoiement a^un père à son fils, il en avait déjà paru une en 1700, dans les fabliaux de Barbazan. M. Méon, à qui nous devons d'excellentes éditions des poètes des xi*, xn% xui*, XIV* et XV* siècles, l'avait publiée de nouveau en 1808, avec des additions considérables. Celle que la Société des Bibliophiles a imprimée est entièrement différente : c'est un autre ouvrage,
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Les Orientaux possèdent plusieurs compt/atton^ qui ont de la ressemblance avec celle de Pierre-Aï piionse, quoique trèsinférieures à celle-ci^ entr'autres : Pirke Aboth (Chapitres des Pères), recueillis par Rabbi Nathan, de Babylone, qui florissait en 121 ^ et traduits dans toutes les langues^ Mivehar Hap" pentrUm (choix de pierres précieuses}, compile en arabe par Rabbi Jedaia Bedraschi, vers 1298, contenant beaucoup de sentences des anciens philosophes grcxs et ar.ibes, traduit en hébreu par Judas Aben Tibbon (Soncino, 1484 ), et en latin par Herbert (Francfort, 1630): Proverbiorum arabicorum centuriœ ducBy par Abi Ubeid, traduit en latin par Scaliger et Thomas Erpen (Leyde, 1614, in-4'*).
Apophthegmatha Ebrœorum ac Arabiiin ex aboth R. Nathan, aliis auctoribus selec ta, latine que reddita, cum brevibus scholiis, par J. Drusius. (Francfort ^ 1612^ in-4<'). Galand a mis à contribution ces divers auteurs et plusieurs autres, imprimés ou inédits pour composer ses deux recueils des paroles remarquables et des maximes des Orientaux, (Supplément à la Biblio. orientale de d'Herbelot.)
On trouve quelques-unes des fables du Castoiement dans les Mille et une nuits.
On a attribué à tort à Pierre-Alphonse :
!• Une logique qui paraît être de maître Pierre Espagnol qui mourut en 1277, suivant Lambécius.
2* De abundancia in sermonibus ad omnem materiam. Quant à l'ouvrage intitulé ; de Scientid et Philosophià, Wolf croit que ce traité est le môme que Disciplina clericalis, (Bib, heb,, tom. I, p. 971.) C'est aussi Topinion de Rodriguez de Castro {Escrit. Rabinos Esp,, p. 20) et de Nicolas Antonio (Bib. hisp. Vêtus; t. Il, p. 7-8. Ed, Romœ, 1696). Ce dernier le prouve par des citations identiques.
Casimir Oudin insinue que Pierre-Alphonse mourut en 1110. Cette date me parait d'une exactitude contestable; car s'il est vrai que Pierre-Alphonse soit né en 1062 et se soit converti à l'âge de 44 ans, sa conversion n'a eu lieu qu'en 1106; or, comme tous ses ouvrages sont catholiques, il faudrait supposer qu'il les a tous écrits dans l'espace de cinq ans.
La Diicipline cléricale, éditée en 1824 par la société des Bibliophiles français et tirée à vinçt-neuf exemplaires seulement, renferme, outre le texte de Pierre-Alphonse, deux versions françaises du xv* siècle, l'une en prose, l'autre en vers. Le lecteur préférera sans doute l'élégante imitation faite par Legrand d'Aussy : (Tom. ui, p. 254).
46i APPKNPUGS.