IV
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enrremi, mais rien ne me fera consentir à être sa dupe. »
A une réception donnée le même soir chez l'ambassadeur d'Angleterre, et où se rend M. Mole, ces fameux articles défrayent les conversations et tout le monde en parle avec indignation.
L'opposition à l'année financière faisait des progrès parmi les pairs. La réunion cardinaliste était encore hésitante, mais penchait cependant à la rejeter et ne voyait de salut que dans le rappel du duc de Richelieu. Pendant ce temps, Decazes, qui voyait l'opposition grandir de plus en plus devant lui, cherchait à s'insinuer davanlagedanslaconfianceduducd'Angoulême : « Il l'a tellement empan mé », dit Saint-Priest à Pozzo, qui rapporte le propos à M. Mole, « qu'il ne voit plus que par ses yeux ». L'impopularité du ministère est telle que les bonapartistes songent à l'exploiter à leur profit; Pozzo redoute l'arrivée d'Eugène de Beauharnais et entend Beugnot dire à Laborie : « Du train dont on y va, le Roi sera détrôné avant trois mois. »
A la chambre des députés, M. Laine était tout indiqué pour se mettre à la tête de l'opposition ; beaucoup le lui demandaient, lui assurant une majorité de quarante voix. Il refusa, ne voulant pas être accusé de combattre le ministère qui l'avait remplacé. Affectant même une certaine bienveillance à l'égard de Decazes, il se serait vanté de s'être opposé à son départ pour Pétersbourg, et de s'être écrié en entendant soidisant M. Moilé en faire la proposition au conseil : « Cela serait par trop impérial, y — « Quelle lâcheté et quel mensonge », écrit M. Mole.
D'ailleurs Laine semblait croire à la durée du ministère, et sur ce point « il participait à la niaiserie du duc de Richelieu. Il y a quelque temps, le duc a eu la
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sottise d'écrire- àf Decazes que son ministère prenait à merveille dans les départements. Mon Decazes a aussitôt envoyé la lettre à Pétersboarg. »
Cela n'était pas pour plaire à Pozzo, dont la mission était de travailler de tousses efforts an retour du duc de Richelieu. Le bruit courut un moment que M. Mole acceptait l'ambassade de Rome. Nouvel émoi de Pozzo, à la pensée de voir s'éloigner un des principaux partisans du rapfiel du duc.
I Le dimanche 14 février, M. Mole se rendît an château à l'audience dominicale qui, d'ordinaire, suivait la messe. Le Roi ne lui adressa pas fa parole !et fît semblant de ne pas l'apercevoir. Cet accueil glacial ne l'étonna ni ne l'émut; il Festa, tout en se tenant éloigné des ministres et évitant de leur parler. Il se retrouva avec Laine, dont l'optimisme des jours précédents commenç-.ïit à faire place à l'inquiétude et qui inclinait à se tourner contre le ministère. M. Moté lui rapporta ce qu*îl avait recueilli de la bouche de tant de députés sur sa situation à la chambre et sur leur désir de le voir à la tête de l'opposition, mais l'arrivée de Gouvion mit fin à Tentretien.
Le lendemain, M. Laine vint chez M. Mole pour reprendre la conversation interrompue la veille. Il croyait tout perdu, se disait brouillé avec le ministère à l'occasion de la foi sur la responsabiffté des ministres et était décidé à la combattre à la tribune à toute occasion. Il n'attaquerait pas la loi qui changeait l'année financière parce qu'elle avait été portée au conseil du temps du duc de Richelieu, mais se prononcer.iit contre elle dans les conversations particulières. L'animosité contre le ministère allait croissant. Ce fut au tour de l'abbé de Montesquiou de venir (Miifier, deux jours plus tard, ses inquiétudes au comte
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MoIé. « H voit tout en noir, a grand peur de l'avenir, mais ne trouve rien d'autre que de conseiller la résignation. Il veut que tous les honnêtes gens s'abstiennent et ne s'exposent pas inutilement. »
(.onvié à dîner le lendemain chez le duc d'Orléans, M. Mole s'y rencontra avec Gorvetto, Pasquier, Laine et Roy. Ce dernier, très amical, s'ouvrit à lui. Quoique n'étant pas de l'opposition, il neca«*ha pas son hostilité à l'année financière, ni son intention de la combattre chaudement à la tribune, estimant que Louis perdait les finances, et le ministère le pays.
Laine fut plus agressif. Très blessé des violents articles que Decazes faisait publier contre lui dans le Co^/m^r, depuis qu'il s'étaitdéclaré contre le ministère, il se montra décidé à rompre le silence aussi bien dans la discussion financière que dans la loi «le la responsabilité ministérielle et à se placer franchement dans l'opposition.
Tandis qu'à la chambre des députés le ministère cherchait une majorité au centre et h gauche, et parvenait à se maintenir tant bien que mal, grâce aux manœuvres de Decazes, lopposition se dessinait fortiment à la chambre des pairs. Sous le ministère de M. de Richelieu, les pairs, en hommage au caractère du président du conseil et aux services éminents qu'il rendait, avaient accepté, quoique à contre-cœur, les mesures, trop libérales à leur gré, du cabinet, l'ordonnance du 5 septembre entre autres. Ils désiraient néanmoins un temps d'arrêt après tant de concessions, et ce désir s'était changé en une vive opposition dès l'arrivée aux affaires du ministère Dessolle. L9ur chambre était divisée en deux fractions, l'S royalistes parlisai»s de l'ancien ministère, et les cardinalistes d'extrême droite qui étaient plutôt opposés à la
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politique de M. de Richelieu. Les destitutions, les rigueurs que le ministère Dessolle fit pleuvoir sur les royalistes eurent pour effet immédiat de les rapprocher des cardinalistes et une alliance se fit entre ces deux partis contie le cabinet. M. de Talleyrand, qui s'efforçait de reconquérir un peu d'ascendant et s'était rapproché des ultras, ne fut pas étranger à celte alliance.
On se réunit chez le cardinal de Beausset et il fut décidé qu'on ne chercherait pas à renverser le ministère sur l'année financière, mais qu'on exigerait le changement de la loi électorale. Le marquis de Barthélémy, sénateur de l'Empire, fut chargé de déposer un projet en ce sens. Ce choix ne manquait pas d'habileté; l'attaque était confiée à la partie modérée de la chambre, à un homme de la Révolution et de l'Empire, La voie était ouverte à la proposition Barthélémy par celle du comte de Castellane déposée deux jours plus tôt dans le but de rendre populaire la chambre des pairs, et qui demandait à rapporter la loi sur les cris séditieux (loi du 9 novembre). En échange de la loi électorale, l'année financière serait accordée. Cette transaction n'aboulit pas.
Le lendemain de la réunion cardinaliste, le 29 février, le ministère fut mis trois foi^ en minorité à la chambre des pairs. Les cinq commissaires pour l'année financière passèrent malgré lui au pr»*mier tour de scrutin. Ensuite, Barthélémy ayant proposé de supplier le Roi de présenter des changements à la loi des élections, et le gouvernement ayant demandé l'ordre du jour pur et simple, cet oidre du jour fut rejt'té par quarante voix de majorité. Enfin, la chambre décida de prendre en considération la proposition Barthélémy.