‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 108 sur 232 · ATTITUDE DES. LIBERAUX · texte numérisé non relu

ATTITUDE DES. LIBERAUX

pris l'initiative eut lieu, comme il avait été convenu^ chez le cardinal de Beausset, mais elle ne produisit rien d'important.

Voyant le ministère décidé a briser la résistance de la chambre des paii-s, les indépendants, c'est-à-dire la gauche, se crurent assurés du succès. Lagarde, reoconlrant MM. de Vaux et de la Bourdonnaye, leur tint ce langage : « La victoire est à nous. Il faut que Derazes saule, que h.'s Bourbons s'en aillent et que toute cette noblesse qui, si elle eût été sage, aurait pu végéter dans ses hôtels et dans ses châteaux, quitte la France et vende ses biens. » Les libéraux tenaient le même langage, se moquant ouvertement de la Charte et disant que la forme actuelle du gouver^nement ne convenait pas à la France. Ils ne voulaient d'ailleurs qu'un changement de dynastie. M. de Girardin, qui vivait au milieu d'eux, rapporla qu'ils allaient jusqu'à ridée d'exterminer la famille régnante de peur que l'Europe ne leur en imposât encore un membre pour souverain.

Pour soutenir le ministère dans sa lutte contre la chambre des pairs, le côté gauche de la chambre des députés prit l'iniliative d'une proposition tendant à supplier le Roi de ne rien changer à la loi électorale. Ce fut M. Laffitte qui en fut chargé. Cette démarche n'était pas pour déplaire aux ministres, mais Decazes en éprouva néanmoins quelque dépit h se voir de\'^ncer par le parti libéral. Aussi proposa-t-il et fit-il adopter un ordre du jour qui, sans se prononcer sur la proposition Laflitte, disait seulement que la constitution ayant fixé des formes régulières pour le rejet des propositions émanées de la chambre des pairs, il fallait attendre pour s'en occuper que la proposition arrivât dans ces formes à la chambre des députés.

2ti6 VOTE DE LA PROPOSITION BARTHELEMY.

Pendant ce temps la proposition Barthélémy venait à la chambre des pairs. Elle donna lieu à une belle discussion. Decazes avait bien lente de détacher les royalistes modérés de la fraction cardinalisle, maissans succès. Tous les pairs modérés soutinrent la proposition Barthélémy, et Fontanes en fut le défenseur le plus écouté. Il reconnut franchement avoir voté la loi et s'être trompé en croyant que la démocratie de quatre-vingt mille électeurs sur une popiilalion de 27 millions d'habitants n'était pas redoutable. L'expérience lui démontrait son erreur et les adversaires de la loi en avaient mieux compris la portée. « D'ailleurs, conlinua-t-il, les ministres, aujourd'hui si contianis, n'avaient pas toujours montré la même sécurité. » Il conseillait de recourir à la grande propriété territoriale et terminait ainsi son discours :

(( Un homme a longtemps effrayé l'Europe de son ambition; de quelque manière que l'on juge les qualités de cet homme extraordinaire, on ne peut lui retuser au moins la science du pouvoir. Eh bien I un jour il préparait l'organisation de ses collèges électoraux, j'étais présent. Quelques-uns de ses conseillers intimes lui disaient que son plan n'était pas sans danger, que les propriétés importantes restaient encore dans les mains des premiers possesseurs, qu'enfin le choix des six cents plus imposés dans chaque département ramèn'-rait tôt ou ttrd les partisans de l'ancienne monarchie; il ne fut point ébranlé par ces arguments. Voici sa réponse, d'autres l'ont entendue, je n'y change pas un mot : « Ces hommes-là, ditesvous, sont grands propriétaires, ils ne veulent donc pas que le sol tremble. C'est leur intérêt et c'est le mien. »

M. de Lanjuinais répondit à Fontanes au nom de l'exlrême-gauche. 11 dénonça le changement de la loi

VOTE DE ttTïKOPOSITIO.N BARTHELEMY. 257

riectorale comme une manœuvre concertée pour amener la chute du ministère, ministère choisi par le Roi et appuyé sur l'opinion publique. Il lâcha le grand mot de contre-révolution, et fit un sombre tableau de tous les départements et spécialement de ceux de l'Ouest, prêts à la guerre civile fomentée par la droite. Ces exagérations, cesaccusationsportéescontre les royalistes If firent rappeler à l'ordre an milieu du tumulte.

Decazes avait menacé la chambre d'une promotion (le pairs, pensant peser par là sur sa décision. Cette séance lui prouva que la menace avait été vaine. Assez crânement il fit tête à l'orage et maintint le point de vue du gouvernement, en déclarant que rien ne déterminerait le cabinet à modifier une loi dont les résultats avaient été jusque-là rassurants. M. Mole se plaît à reconnaître qu'il se montra à son avantage. Dessolle prit ensuite la parole pour affirmer le point de vue du ministère. Intervenant après Decazes, alors qu'en sa ({iialité de président du conseil il aurait dû mener le combat, il sortit personnellement amoindri de la discussion, et la proposition Barthélémy fut votée par !KS voix contre 55.

Pour se venger de cet échec, Decazes continua sa campagne de presse contre ses adversaires. Un violent article de la Minerve fit accourir M. Laine chez M. Mole. Il se montra décidé à combattre en comité secret la {iroposition Laffitte. De son côté, pour protester contre la promotion de pairs annoncée, M. Mole suggéra l'idée d'une démarche solennelle de la chambre des pairs auprès du Roi; puis passant en revue la situation, ils persistèrent l'un et l'autre à ne voir d'autre remède que dans le retour du duc de Richelieu.

Le soir, M. de Vaux réunit à dîner M. Mole et M. de Villèle, « moins distingué comme homme d'esprit

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