‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 107 sur 232 · REPONSE DU DUC · texte numérisé non relu

REPONSE DU DUC

hommes à l'obéissance, m'a donné un caractère opposé, une grande défiance de moi-même, une haine du pouvoir et de la domination qui m'empêche de prendre les moyens qu'il faudrait pour la conserver dès qu'ils répugnent un peu à mon cœur. Je sais tout cela; aussi, me connaissant et me jugeant comme je le fais, suis-je bien décidée ne rentrer dans les affaires sous aucun prétexte quelconque ; il y a pour moi devoir étroit à m'y refuser, et je serais capable de prendre les partis les plus extrêmes pour m'y soustraire si l'on voulait m'y forcer. Je ne connais plus qu'une manière de servir l'Etat, le Roi et sa famille, c'est l'épée à la main si les choses en venaient jusquelà; dans ce cas, bien sûrement, je ne serais pas neutre; aussi, quoique l'empereur Alexandre me marque qu'il serait charmé de me- voir dans les provinces méridionales de son empire où il parait qu'il fera encore un voyage cet été, je me refuse à c-tte espèce d'invilation, qui me serait pourtant bien agréable, ainsi qu'à toutes les prières qu'on m'adresse d'Odessa et environs pour y revenir depuis qu'on sait que je ne suis plus au ministère. Je ne veux pas déserter la France en ce moment, mais c'est uniquement pour le cas dont je viens de parler que je veux être à portée. Mes scrupules ne vont pas au delà et, par exemple, il me semble assez indifférent que je sois d'un côté ou de l'autre des frontières de France, à Nice, à Gênes, à Milan, à Genève ou bien à Marseille ou à Lyon. Je vais donc continuer mes promenades, qui me sont bien nécessaires, car depuis quelques jours mes insomnies m'ont repris et c'est le prélude des maux de nerfs; j i vais me baigner et monter à cheval pour tâcher d'éloigner ou d'éviter l'atlaque. Vous me parlez de venir passer l'hiver prochain en Italie; hélas !

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savez-vous ce qa'il sera advenu de îa France d'^iei là? Au train donfc vont les choses, qui peut prévoir ce qu'il fera trois mois à l'avance ?

(( Conservez-moi amitié et souvenir et comptez à jamais sur mon inviolable attachement.

Tafleyrand, qui cherchait de plus en pfus à se rapprocher de M. Mole, parla de Iiri à Jean Greffulhe, pour qu'il le lui répétât, en termes élogieux, et avec la haute estime qu'il professait pour lui autrefois. M"'* de Vaudêmont, de son côté, dit aussi «des paroles sur cet air-là »,

Parmi les nouveaux pairs qu'il était question de créer, se trouvaient Jean Greffulhe et Frédéric d'Houdetot. M. Mole avait beaucoup travaillé sous le précédent ministère à faire donner la pairie au premier et avait fini par obtenir de M. de Richelieu la promesse de la lui conférera son retour d'Aix-la-Chapelle, mais les événements ne lui en avaient pas laissé le temps. Accepter la pairie des mains de Decazes, c'était passer dans le camp adverse, et M. GretTulhe s'en faisait ou en affectait certains scrupules. Les mêmes sentiments animaient Frédéric d'Houdetol, le plus intime ami, le confident de M. Mole. Tous deux vinrent le consulter sur leur position, comptant évidemment qu'il les engagerait à accepter. « Je les conseille, rapporle-t-il, avec un certain désintéressement, et dégage le premier de toutes les obligations que la reconnaissance et mille autres considérations lui ont fait contracter envers moi. Je leur dis de se laisser faire pairs s'ils le désirent, et de se conduire avec le ministère selon leur conscience et leurs convictions. »

« Le lundi 1*^ mars, la réunion dont M. Mole avait

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