‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 11 sur 232 · PROJETS DE LOI · texte numérisé non relu

PROJETS DE LOI

céder à Ganiheaume le contre-amiral Verhuell pour lequel il avait aussi de l'amitié. J'ajoutais que Dumanoir serait un choix honteux et auquel je ne consentirais jamais. Decazes, avec un front d'airain, me répondit sans hésitation que j'avais bien raison, qu'il n'avait point parlé au Roi et ne comprenait pas plus que moi tout ce qu'avait dit ce monarque.

<( Depuis le départ de M. de Richelieu, Decazes tranchait bien plus du premier ministre et prétendait tracer au conseil la marche à suivre dans ses travaux. Nous devions avoir le lundi 12 octobre une séance importante pour laquelle je n'hésitai pas à revenir de la campagne. Il s'agissait d'y arrêter les projets de lois à soumettre aux chambres et particulièrement ceux relatifs à la liberté de la presse et au mode de répression et de jugement de ces délits. Là se représentait la question du jugement par jurés, sur lequel les doctrinaires avaient menacé de nous abandonner si nous ne leur cédions pas. M. Laine parla le premier, il était engagé sur le jury qu'il avait repoussé dès l'origine avec autant d'opiniâtreté que les doctrinaires l'exigeaient avec hauteur. Mais sachant que toutes ses paroles seraient livrées à ces derniers par Decazes, il usa de finesse et demanda une réforme générale du jury dont tous les bons esprits sentaient la nécessité depuis longtemps. (( Une fois le Code réformé, nous dit-il, et le jury ayant reçu une organisation meilleure, peut-être pourra-t-il être appliqué utilement aux délits de la presse. »

« Quant aux journaux, Laine y mit encore plus de malice : la censure que les chambres nous avaient confiée allait expirer, Decazes nous avait répété qu'il quitterait le ministère plutôt que de renoncer à en demander la continuation. M. Laine soutint que la censure

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-étaitincompatibleavec legouvernementconstilutionnel et illusoire avec la liberté de la tribune. Il se complut d'autant plus à commenter ce texte qu'il forçait Decazes à le combattre et le compromettait ainsi aux yeux des doftrinaires. Aussi le favori ne se pressa-t-il pas de lui répondre et laissa-t-il parler d'abord tousses collègues. Gouvion se prononça vigoureusement et contre la liberté et contre le jury ; Gouvion, ce même Gouvion, alors et constamment depuis le héros des libéraux et qui, si le Roi le lui eût permis, les aurait fait jeter tous à la rivière! je le contemplais pendant son dis- *'ours et ne me lassais pas d'admirer comment se font les réputations de la terre.

(( Pasquier, sur les épines, parla pour et contre, sans conclusion. 11 enrageait du silence de Decazes qui le laissait sans direction ; sous le gouvernement impérial comme sous le gouvernement royal, il n'avait cessé d'opposer à l'établissement du jugement par jurés tous les préjugés renfermés sous la perruque de son grandpère, ce qui ne l'empêcha pas de nous dire le contraire de ce qu'il avait toujours dit de la meilleure grâce du monde et sans le plus léger embarras. Il ne tarissait plus sur la beauté du jury et ses résultats merveilleux. Mais quand il en vint aux journaux, craignant de n'avoir pas bien deviné son patron, il déclara que le ministre de la i'olice étant mieux placé qu'aucun de nous pour juger de la nécessité de la censure, il se rangeait d'avance à l'opinion qu'il exprimerait.

« Mon tour étant venu, je me prononçai fortement pour le jugement par jurés des délits de la presse et j'appuyai l'idée d'une réforme ultérieure du Code. La censure des journaux me parut nécessaire à conserver une année encore, c'est-à-dire jusqu'après la retraite 4es étrangers, et j'ajoutai que si, au lieu de nous laisser

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