M. MOLE MENACE
arracher le jury, nous étions les premiers à le proposer, les doctrinaires et le côté gauche lui-même feraient probablement peu de difficultés de prolonger la censure des journaux pour une année.
(( C'est alors que Decazes prit la parole d'un air si imposant qu'on eût ditqu'il s'essayait déjà à sa dignité de président du conseil. Il parla longtemps d'une manière si confuse, qu'aucun de nous n'aurait pu rendre compte de ce qu'il avait dit. Il traita pêle-mêle toute les questions qu'il était possible de porter aux chambres pendaiit cette session. Il faut cependant reconnaître qu'il montra dans ce discours même delà finesse, de l'intrigue et de l'esprit. En définitive il fut convenu que le garde des Sceaux préparerait un projet de loi tendant à perfectionner l'institution des jurés et Decazes, qui voulait s'appuyerd' Aixla-Chapelle pour la censure, nous dit qu'il allait écrire à M. de Richelieu pour savoir ce qu'on en pensait au Congrès.
« M. Pasquier nous proposa alors d'arrêter le tableau des conseillers d'Etat, lequel était fort arriéré. Je rappelai à cette occasion combien il serait convenable et utile de choisir enfin un conseiller d'Etat parmi les officiers de vaisseau et je désignai le vice-amiral Emeriau, l'un des plus éclairés comme marin et comme administrateur, mais employé pendant les Cent-Jours, et au fond de son àme un peu républicain. Laine et Gouvion m'appuyèrent; Decazes, sans rien dire d'Emeriau, s'attacha à défendre Forestier, sa créature, cet intrigant dont j'ai parlé plus haut et dont je demandais à Pasquier de me débarrasser. Mais il était tard et le tableau du conseil fut encore ajourné.
« Tandis que je me chauffais debout devant la cheminée, Decazes s'approcha de moi avec cette figure à