‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 132 sur 232 · DÉTAILS RÉTROSPECTIFS · texte numérisé non relu

DÉTAILS RÉTROSPECTIFS

■d'autorité et d'influence, se mettait à sa discrétion et consentirait k quitter l'Intérieur pour telle autre place -dans le cabinet que Royer jugerait convenable, à condition qu'ils fussent ministres ensemble.

Comme il avait été convenu, Decazes écrivit au duc, mais avec la pensée que sa lettre serait sans efiet. M. Laine, renseigné par Portai, confirma la chose à M. Mole et ajouta que Louis XVIII avait également ^crit à M. de Richelieu à la demande du favori.

Au cours de cette conversation, M. Laine fut amené à donner des détails sur la dislocation du ministère Richelieu au mois de décembre précédent :

<( M. de Richelieu écrivit au Roi après nos démissions acceptées, pour le supplier de ne pas appeler M. de Talleyrand et lui désigner Mac-Donald ou Marmont pour présider le conseil. Le Roi montra la lettre à Pasquier qui, alors et probablement d'accord avec Decazes, proposa et fit accepter Dessolle. Lorsque Dessolle se fut associé Gouvion, de Serre et Louis, il alla déclarer au Roi qu'aucun d'eux n'accepterait si Decazes persistait à refuser. C'est alors que commença la comédie des larmes et des résistances de Decazes. Il voulait se faire dire par M. de Richelieu et par Laine qu'il devait accepter. Saint- Aulaire alla trouver Laine et lui dit naïvement qu'ayant donné sa fille à un ministre, il penserait sans doute que M. Decazes lui devait de ne pas cesser de l'être. Decazes, qui avait trouvé fermée la porte du duc, écrivit à Laine pour lui demander de l'introduire par celle de son jardin. Il suivit de près son billet. En entrant chez Laine, il lui saute au col, fondant en larmes, et lui demande s'il doit au Roi et à la France d'accepter»

« Peut-être, répondit froidement Laine, y a-t-il

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des occasions où l'on doit le sacrifice de son honneur à son pays-. »

« Il luiouvrela porte du jardin, Decazes recommence sa question, ses sanglots et ses baisers avec le duc, qu'il trouve au lit, malade.

« Acceptez, dit le due, vous le devez au Roi, à qui vous avez assurément bien plus d'obligations que mr>i que vous vouliez faire rester par reconnaissance. »

<( Decazes, qui n'en demandait pas davantage, s'essuie les yeux, accepte et devient gai conatne pierrot. »

On attendait avec impatience la réponse du due de Richelieu. EUle arriva enfin. Il refusait sans laisser aucune espérance.

La situation se compliquait pour les adversaires du ministère; elle se simplifiait pour Decazes. 11 eut été naturel et plus parlementaire que celui-ci se retirât des affaires, du moment que la modification de la loi électorale, so>n ouvrage, devenait inévitable. Mais il visait à la présidence du conseil. Pour y parvenir, il avait besoin de l'appui du centre droit: aussi abandonnait-il la loi des élections. Le maintien de cette loi lui avait servi pour faire partir le duc de Richelieu, son changement devait lui servir pour arriver à la présidence.

Les défenseurs de la loi du 5 février voyaient leursrangs s'éclaircir. La chambre des pairs, la droite et le centre a la chambre des députés, quelques centresgauches, la réclamaient. Le pavillon de Marsan"^ ne l'exigeait p^s moins impérieusement. Louis XVIII réunit le conseil pour trancher cette question, qui fut mise aux voix : Dessolle, Gouvion Saiat-Gyr et Louis que soutenaient les libéraux, votèrent pour le maintien; Decazé»> de Serre et Portai opinèrent sur un

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changement, mais sans rien préciser. Le ministère se trouva ainsi divisé en deux camps égaux. Aucune solution n'apparaissant, le Roi prit la parole et se prononça pour la modification de la loi. C'était désavouer le président du Conseil, les ministres de la Guerre et des Finances. Ils le comprirent et donnèrent immédiatement leur démission, qui furent acceptées au cours de- ce même conseil. Decazes fut chargé par Louis XVIir de former un cabinet nouveau, comme président du conseil et ministre de l'Intérieur.

Le ministère Dessolle n'avait duré que dix mois, gaspillés en luttes stériles dont l'unique résultat avait été d'ouvrir la route aux ennemis des Bourbons. Ce cabinet, formé par Decazes comme transition entre M. de Richelieu et lui, avait été présenté par le favori à Louis XVIII comme un effort sincère pour se concilier les indépendants. Le seul bénéfice qu'en retira la dynastie fut de les voir se tourner contre elle. Si ceux-ci, de leur côté, avaient été sincères dans l'attachement qu'ils professaient pour la Charte, ils n'auraient pas réveillé les souvenirs de la Convention, ni soutenu des candidatures comme celle de l'abbé Grégoire. La Charte n'avait été pour eux qu'un moyen de rentrer dans la vie politique, afin de travailler au renversement de la monarchie, et ce fut une lourde faute dé la part de Decazes de ne l'avoir pas compris.

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