‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 131 sur 232 · IV · texte numérisé non relu

IV

290 AVANCES AU DUC DE J\lGmShl&U .

de la presse. II repousse i'idée de revenir à M. de Talleyrand et croit que de Serre la repousse également. Il îPeconiiaît qu« Gouvion Sain t-Cyd*ti organisé l'armée «Mitre les Bourbons et me demande de faire irevenir le duc, craignant que son absence ne itetarde ou n'empêche tout.

« De son côté, Pozzo «»voie au (duc* ipouir le présider die revenir. »

1. M. Mole venait de son côté de lecevûir la lettre suivante de M. de Richelieu :

2 novembre 1819.

« Appès avoir fait une assez longue promedfiade surles bords du Rhin, avoir mangé des raisins parfaits, bu du vin excellent et vu faire la meilleure vendange, me voilà enfin arrivé en Hollande que je -ne connaissais pas. Ce tour de force de l'industrie humaine mérilait,pourlant d'être vu et je ne regrette que de ne pas y être venu dans une meilleure saison. La distraction forcée que procure le voyage est déjà un ■ga-and bien au temps où nous vivons, car en vérité lea réHexions ne sont pas couleur de rose, on ne voit que gens mécontent!^, on n'entend que plaintes plus ou moins fondées, et je crois qu'à part les journaux, le pays où l'on élève encore le moins de plaintes contre le gouvernement est la France. C'est un rnde métier aujourd'hui que de se mêler des affaires des hommes, au moins dans notre vieille Europe, icar sur la mer Noire cela était fort doux. On pourrait retourner le lazzi de Figaro qui demande au comte Almaviva si aux vertus quon exige «ans un domestique il connaît beaucoup de maîlres qui pussent être valets,; aux talents et aux ((ualilés qu'on demande aujourd'hui à un monarque, il n'y a, ma foi, guère de sujets qui fussent capa- SJles d'être rois. Aussi c'est-11, après peut-être celui de ministre, le ■plus méchant métier que l'on puisse faire. Celui d'ici a une fort rude tâche, celle de mettre d'accord les deux portions de son royaume idont les intérêts sont diamétralement opposés. Le nord demande la 'liberté du commerce qui a fondé sa prospérité, le mifli uu système pri)hibitif qui favorise ses fabriques. Le pauvre gouvernement ne sait auquel entendre et en voulant maintenir la balance entre leurs prétentions respectives, il se fait honnir des deux côtés. Le lait est que le pays est évidemment en décadence par des causes qu'il n'appartient pas aux hommes d'écarter. Tout le monde sait et veut faire à présent ce que les Hollandais faisaient exclusivement il y a cent ans. Il est impossible que les profits soient les mêmes, aussi vit-on sur ses capitiiux et il est probalale que le moment n'ebt pas éloigné où les Hollandais seront ubligés d'en employer une partie à défricher les terrains incultes qu'heureusement le royaume contient encore en grande quantité. ^ pouvant plus sillonner les -Ilots, il ifnudra bien iqu'ile labourent la terre el ils ne s'en trouveront tpeut-âtre pas plus

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Chateaubriand était au nombre des paiiisang de

M. de Richelieu qui ne voulaient à aucun prix d'une

collaboration entre lui et le favori. 11 accourut chez

M. Laine. Tous deux tombèrent d'accord pour recoo-

naitre que Decazes ne cherchait qu'à mystiftei' le parti

royaliste pour arriver à la présidence. Afin de Be faire

bien voir par la droite, Decazes aflectait de «ritiquer

le glissement à gauche du ministère, laissant entendre

qw'un gouvernement présidé par lui se tournerait eu

côté des droites. 11 était trop engagé avec la gauche

pour pouvoir se dégager de sa politique ultra-libérale,

et du reste ses sentiments personnels n« l'inclinaient

pas vers les royalistes. De Vaux fut chargé de signaler

la manœuvre et de la faire ressortir dans son journal.

Mais il dut y renoncer, momentanément du moins,

devant l'opposition de certains royalistes qui faisaient

encore confiance à Decazes.

La duchesse de Duras qui poussait, elle aussi, le duc de Richelieu à revenir, même avec Decazt's, devant ■dîner ce jour-là chez ce dernier, Chateaubriand se

mal. Vous voyez à mon bavardage que j'ai du loisir et vous savez au«si que J'aime à causer avec vous. J'espère que nous nous en donnerons cet hiver. Je retournerai à Paris sitôt que ma maison sera prête, ce qui sera, j'espère, peu après l'ouverture des chambres. ()ette session fait trembler }iar son importance et il est impossible d'y penser sans une terrible an.\iété. Dieu veuille détourner les maux que je redoute pour notre pauvre pays, mais ne touchons pas le sujet, nous aurons encore assez le temps d en parler quand je serai arrivé. Comme vous avez bien dépeint Pozzo dans la lettre que vous m'avez écrite à Spa, voilà comme il faut être quand on se mêle d'îiffaires, tout à la cause, de coeur et d'âme; quand on n'en ajias la passion et que tous les inconvénients qu'on rencontre ne sont pas compensés par un goût décidé et les jouissances qu'on trouve à les satisfeire. on ne vaut absulum^nt rien pour ce métier. C'est ce qui fait que je suis bien décidé à ne plus le faire, quoi qu'il puisse arriver. Soldat tant qu'on voudra, général jamais. Voilà mon dernier mot. Au revoir donc bientôt. Je m'en vais un peu en nord Hollande voir le Helder, ensuite À la Haie, et puis par Bruxelles à Paris. Portez-vous bien, aimez-moi toujours un peu et comptez sur ma tendre amitié.

précipita chez elle « pour tâcher qu'elle dise et fasse le moins de bêtises possible ».

Royer-Gollard poursuivait ses démarches. Il ne parlait que de changer la loi des élections et rêvait de l'alliance de Decazes et du duc de Richelieu, préconisait une combinaison dans laquelle le duc serait président du conseil sans portefeuille, Pasquier aux Affaires étrangères, et lui, Royer-CoUard, aux Finances, Decazes restant à l'Intérieur. Il allait partout disant « un mal horrible de Louis ».

Dans une conférence qu'il eut avec de Serre, il le décida à proposer à Decazes de rappeler le duc, et l'amena même à considérer M. de Richelieu comme si nécessaire, qu'il consentit à un ministère où Decazes n'entrerait pas. Il ne voulait pas aller jusqu'à M. de Villèle, qu'il considérait comme trop à droite, mais admettait à la rigueur, quoique avec répugnaiice,^ M. Laine, et ne faisait pas de difficulté pour M. Mole.

A la suite de cette conversation, M. Decazes, à la demande de de Serre, écrivit au duc pour lui proposer de rentrer avec ou sans lui, mais à la condition qu'il conserverait M. de Serre et appellerait Royer. Ce dernier, à cette nouvelle, jura que rien ne le ferait être ministre avec Decazes si M. de Richelieu n'était pas président du conseil, regardant que ce serait tout perdre que d'aller jusqu'à M. de Villèle, dont on parlait de nouveau. Ne voyant personne à mettre à la place de M. de Richelieu, il voulait insister, si le duc refusait, jusqu'à ce qu'il acceptât.

Tout cela se passait à l'insu de Guizot, qui, en l'apprenant, déclara que tout était perdu si on rappelait le duc. Barante, de son côté, vint, avec ou sans mission, apporter à Royer les soumissions de Decazes et lui dire que celui-ci, lui reconnaissant tant

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