‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 175 sur 232 · PROMOTION D£ CORDONS BLEUS · texte numérisé non relu

PROMOTION D£ CORDONS BLEUS

30 septembre 1820.

« J'ai honte de vous occuper de moi dans un pareil moment, mais, au nom du ciel, faites que je n'aie plus à vous en parler. C'est contre moi que je vous demande de me défendre, car je sens que je serai blessé. Tâchez donc de vous mettre à ma place. Certes, je fais peutêtre encore moins que vous 'cas des cordons, mais avec mon nom et les quinze années de ma vie passées dans les premiers emplois, je ne puis être seul privé de toute récompense, sans paraître abandonné sous les pieds d'un ennemi. Mon cœur me dit que vous souffririez presque autant que moi. Si l'âge vous paraît un argument sans réplique lorsque la naissance cesse d'en être un, donnez-moi le grand cordon de la Légion, alors on pourra croire que, sans mes quarante ans, j'aurais eu le reste. Bref, mon ban se trouvera levé et je ne serai plus réduit à la condition d'ilote, pour n'avoir pas hésité entre Decazes et vous. J'aimerais mieux mourir que de demander rien à aucune puissance de la terre. Mais à vous, il me semble que je ne puis rien demander, je vous fais lire dans mon âme et je vous prie d'empêcher qu'il ne me soit imprimé une lâche au front. En conscience, quand je descends en moi-même, ou que je regarde derrière moi, ce n'est pas là ce qu'il me semble avoir mérité soit de mon pays, soit du Roi.

« Le duc de Doudeauville sera un choix très honorable, très inoffensif, mais bien insuffisant. Avez-vous pensé à Lauriston? Quel miracle que la naissance de ce prince I Vous ne voudrez pas que je sois le seul bon Français à en souffrir. Rien ne m'empêchera d'entonner le cantique d'allégresse.

« J'entends murmurer d'amnistie autour de moi.

Page 1