DISCOURS SUE LES EXPÉDITIONS
membres les plus honorables et les plus instruits du commerce français, un négociant de Bordeaux, deux banquiers de Paris, dont l'un, député de celte ville, porte un nom que l'on trouve associé à toutes les idées utiles, enfin un de nos nobles collègues si connu par ses vastes connaissances en matière de commerce et d'industrie. La commission parut approuver le plan qui lui était soumis et concevoir de son exécution les meilleures espérances. Le ministère n'hésita plus, et il ne devait plus hésiter. Jamais le surcès d'une entreprise de celle nature ne saurait être certain ; il suffisait qu'il fût probable, après que tous les moyens d'examen eussent été épuisés et les hommes les plus éclairés consultés, pour qu'il fût du devoir des ministres de la conseiller au Roi. Ils engageaient également leur responsabilité en le faisant ou en ne le faisant pas ; ils l'engageaient en s'exposant au reproche d'avoir préféré leur repos à l'intérêt public, au lieu qu'en le faisant ils l'engageaient utilement pour le service du Roi et le bien de l'État.
La question de savoir si l'on ne pouvait pas différer d'une année n'en sera plus une, quand on saura que celui qui avait présenté le projet et qui restait chargé de son exécution regardait le surcès comme incompatible avec tout délai. Deux expéditions furent représentées par lui comme nécessaires à faire dans l'année i818 ; l'une devait partir au mois de juillet et l'autre au mois d'octobre. La première devait entraîner peu de frais ; j'en remis le commandement à un officier expérimenté et que la lecture du mémoire de M. Schmaltz n'avait pas suffi à convaincre. Ce nouvel observateur confirma à son tour le témoignage du commandant par intérim et s'unit à lui pour appuyer les propositions du colonel Schmaltz.
Il restait à pourvoir à la dépense de l'expédition d'oclobre. Je cherchai vainement un moyen de le faire sans excéder le crédit qui m'était ouvert. Alors, je consultai de Jnouveau le conseil sur la question de savoir s'il ne convenait pas d'ajourner l'expédition au printemps de 1819. Le conseil. Messieurs, l'avait d'abord ainsi résolu, et ici, seulement ici, pourriezvous peut-être nous adresser quelques reproches, lorsque
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M. Schmaitz, insistait avec chaleur, démontra par des arguments qui paraissaient sans réplique que le moindre retard devait faire désespérer du succès. Enfin, celui qui est toujours noire seconde providence, celui auquel les sacrifices ne coiJtent jamais quand il s'agit du bien de ses sujets, consentit à avancer un million sur sa liste civile, et autorisa, par la même ordonnance, une autre avance de 600000 francs sur les fonds de réserve du Trésor. Ces deux sommes devaient être remboursées sur des produits que leur origine semble affecter particulièrement aux dépenses coloniales, sur les arrérages pour 1819 de la rente de l'Inde, payables à Madras et Calcutta.
Ainsi se trouvaient assurées non seulement l'expédition du Sénégal, mais encore celle pour Cayenne, dont au surplus la dépense était bien peu de chose comparée à son intérêt. Je craindrais d'abuser de votre attention en entrant dans de nouveaux détails à l'égard de cette dernière expédition. Pour juger de son importance, il n'y a qu'à porter ses regards sur les établissements européens dans le grand archipel d'Asie et particulièrement sur Java, dont les terres basses ressemblent si bien à celles de Cayenne. On verra que leur prodigieuse prospérité est due aux Chinois qui y ont porté leur industrie et dont on compte à Java et à Madura plus de 500000, sans compter ceux qui s'y établissent encore tous les ans.
Certes, Messieurs, ce ne sont pas là des dépenses ni des tentatives qu'il faille jamais regretter; quel qu'en soit le succès, le peuple ou le gouvernement qui les fait s'honore toujours. D'ailleurs elles ne sauraient tourner en pure perte. Ces expéditions lointaines montreront notre pavillon sur des rivages dont il semblait exilé. Elles rétabliront nos relations d'amitié et de commerce avec des nations qui n'ont jamais oublié le nom français; elles enrichiront le domaine des sciences et agrandiront celui de notre industrie, car telle est l'importance et la variété des services que la Marine rend aux gouvernements qui l'encouragent. La Marine est le premier auxiliaire de la civilisation; le commerce, l'industrie, les sciences en attendent le même appui, et ce qui l'élève à mes veux au-dessus de tous les autres moyens de puissance, de
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tous les autres déyeloppements de la force publique, c'est que la liberté et les lois n'ont rien à en redouter.
Maintenant si l'on demande pourquoi je n'ai pas entretenu les chambres de ces expéditions lorsqu'elles n'étaient que projetées, ma réponse sera facile: parce que le gouvernement ne leur doit compte de ses projets qu'au moment où rinteivention du pouvoir législatif devient nécessaire, parce que des entreprises de cette nature ne doivent leur être soumises qu€ quand elles ont à accorder des fonds pour leur exécution. C'est alors, mais alors seulement, que tous les détails, tous tes renseignements doivent leur être offerts, parce qu'à leur tour elles ne pourraient imposer aux contribuables la moindre charge nouvelle sans que l'avantage ou la nécessité leur en eût été bien démontré.
Vous connaissez actuellement comme moi-même, Messieurs, les circonstances et les motifs qui ont fait entreprendre les expéditions du Sénégal et des mers d'Asie. Vous jugerez qui a encouru le reproche de légèreté et de précipitation ou de ceux qui les ont ordonnées ou de ceux qui les ont condamnées avec tant d'assurance. A Dieu ne plaise toutefois que je veuille récriminer ni me plaindre! où en trouverais-je l'envie et le courage, lorsque j'ai entendu attaquer avec tant de violence un des hommes que j'honore le plus ? Vous me permettrez sans doute de rendre à mon tour ce public hommage à celui dont je fus le collègue pendant trois ans et dont j'ai pu si bien apprécier le noble caractère, les vastes connaissances et les sentiments vraiment français. Moins heureux que mes autres collègues, il ne m'a point été donné de le défendre, mais qu'il trouve du moins ici l'expression de sentiments qu'il inspire à tous ceux qui le connaissent et que je lui ai voués depuis si longtemps.
Tels sont, Messieurs, les renseignements et les explications que j'avais besoin de vous présenter ; il ne me resterait plus qu'à voter en faveur de la loi qui vous est soumise, si le langage tenu par votre rapporteur et par le ministre lui même n'ittiposait l'obligation d'une sorte d'apologie à tous ceux qui voteront pour le projet. En effet, Messieurs, l'un et l'autre
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regardent la prérogative royale comme menacée et trouvent dans les amendements proposés par l'autre chambre une tendance à s'emparer de l'initiative que la Charte a réservée au Roi. A la vérité, le ministre ne demande pas le rejet de ces amendements, tout inconstitutionnels qu'ils lui paraissent et votre rapporteur conclut aussi à les adop'ter par respect pour l'adhésion royale qu'ils ont déjà obtenue.
Mais qu'ils me permettent de leur demander, avec toute la déférence que l'on doit à leurs lumières, s'ils auraient donc pensé que l'avancement de la session, le désir d'entretenir l'union entre les chambres et le ministère, enfin l'intérêt même du budget fussent des considérations sufflsantes pour se résigner à une violation quelconque de la Charte et pour laisser envahir la portion la plus légère de l'autorité que cette môme Charte a placée dans les mains du Roi?
S'ils l'avaient pensé, Messieurs, je n'hésiterais pas à déclarer que je suis d'une opinion contraire. Dans une monarchie <^onstitutionnelle, la distribution des pouvoirs ne saurait rien avoir d'arbitraire, c'est là que la nature des choses exerce son empire le plus absolu. Si l'on s'en écarte, si même, sans s'en douter, on viole ses lois, on est bientôt averti de ce qu'on a fait par un trouble général et par le désordre qui remplace tout d'un coup la plus belle harmonie. Là, toutes les erreurs tirent à conséquence et si le législateur s'était trompé dans la distribution qu'il aurait faite, s'il avait attribué à l'un des pouvoirs ce que la nature des choses a réservé à un autre, on verrait toute cette machine si vaste et si compliquée s'en ressentir dans chacune de ses parties, on verrait tous les rouages dont elle se compose s'entrechoquer au lieu de seconder mutuellement leur action, et le corps social travaillé d'un malaise qui n'aurait d'autre terme ni d'autre issue que la réparation de la méprise où serait tombé le législateur.
Ce serait donc critiquer implicitement l'article delà Charte qui donne exclusivement l'initiative au Roi que de laisser en rien partager cette initiative aux chambres, car ou cette disposition est bonne et conforme à la nature des choses, ou elle est mauvaise. Si elleest bonne, on ne pourrait l'enfreindreimpuné-