DISCOURS SUR LES EXPÉDITIONS
En appliquant ces principes aux expéditions du Sénégal et des mers d'Asie, j'ai à démontrer : 1» qu'elles étaient utiles ; 2° qu'on ne pouvait les différer ; 3P que je n'ai point dû en entretenir les chambres pendant la dernière session.
La révolution de St-Domingue et la guerre maritime avaient enlevé à la France toutes ses colonies. Celles que lui rendit le traité de 1815 étaient toutes à charge à la métropole. Le gouvernement eut à examiner s'il fallait renoncer à ces possessions purement onéreuses ou si elles ne renfermaient pas quelques germes de prospérité pour l'avenir. Qu'auraient dit, Messieurs, ces mêmes hommes si prompts à le condamner, si, secondant leur ardeur pour les économies, il eût renoncé à nos établissements d'qutre-mer ? Le budget de la Marine sans doute en eût été fort réduit, car indépendamment de la somme accordée annuellement à chaque colonie, la plupart de nos armements seraient aussi devenus inutiles ; on aurait pu fermer presque tous nos chantiers, vider nos arsenaux et renvoyer la plus grande partie, non seulement des ouvriers de nos ports, mais encore de ces braves et savants officiers, de cette brillante jeunesse, l'espoir et l'honneur de la patrie. Mais le gouvernement du Roi ne désespéra pas plus des colonies que de la France, et tandis qu'il travaillait sans relâche à affranchir l'une, il s'appliquait avec ardeur à faire renaître les autres de leurs cendres.
Deux colonies lui parurent surtout susceptibles d'un développement, la Guyane française et le Sénégal. Dès ce moment elles fixèrent toute son attention et devinrent l'objet de la constante sollicitude de tous les ministres de la Marine qui se sont succédé. Au mois de juin 1816, lé colonel Schmaltz, nommé commandant par le Roi au Sénégal, partit avec des instructions pour s'assurer des moyens d'y fonder une colonie agricole. Ici, vous n'attendez pas de moi des détails qui ne seraient pas de nature à être présentés à cette tribune. Il vous suffira de savoir que le mémoire adressé par ce commandant ne laissait pas de doute sur l'extrême fertilité du sol, l'abondance et la variété de ses produits. Tout le problème consistait à trouver assez de bras, et de bras libres, pour cultiver.
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< T, k' colonel Schmaltz annonçait que les naturels du pay« pourraient les fournir, que leurs dispositions à notre égard étaient toutes favorables, mais qu'il fallait se hâier d'eapro- (iter et surtout leur procurer, sans perte de temps, la protection qu'ils réclamaient contre les irruptions des Maures de la rive droite, qui, ravageant incessamment le pays, enlevaient les enfants pour en faire des esclaves et détruisaient tous les essais de culture. La première chose à faire était donc de relever les forts qui avaient existé autrefois, et d'envoyer (luelques troupes pour inspirer de la sécurité aux naturels et I II imposer à leurs ennemis.
Toutefois, avant de consentir à ces dépenses, le gouvernement eut la sagesse d'appeler auprès de lui le colonel Schmaltz pour l'entendre. En outre, il profita de son absence de la colonie pour varier les moyens d'investigation et provoquer les témoignages contradictoires. C'est alors que le Roi daigna me confier le portefeuille de la Marine. Je fis choix, pour remplacer temporairement le commandant du Sénégal, d'un officier qui connaissait la colonie et avait sur elle et ses habitants des idées et un système opposés à ceux du colonel. A peine était-il sur les lieux et avait-il eu le temps de recueillir à leur source les renseignements qu'on attendait de lui qu'il rendit hommage à l'exactitude des rapports du commandant et partagea toutes ses vues et ses espérances. Cependant, à force d'appeler de toutes parts la contradiction, je parvins à réunir quelques objections et je les communiquai à l'auteur du projet; il répondit par un long mémoire, plus détaillé encore que le premier et qui semblait dissiper tous les doutes. Peut-être étais-je fondé alors à me croire suffisamment éclairé, mais justement imposé par l'importance de la détermination à prendre, je ne voulus pas m'en rapporter à mon seul jugement et je résolus de soumettre le mémoire de M. Schmaltz et M. Schmaltz lui-même à l'examen d'hommes plus éclairés que moi. Malheureusement, la fin de la session ne me permit pas d'invoquer les lumières de plusieurs députés de nos ports qui avaient quitté la capitale, mais je formai une commission où voulurent bien se trouver un député du Havre, l'un des