‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 61 sur 232 · LE SACRE DE LOUIS XVIII. U · texte numérisé non relu

LE SACRE DE LOUIS XVIII. U

qu'il venait d'obteair-de âon crédit sans bornes sur le monarque.

« Après une bien long.ue et opiniâtre résistance, Louis XVIII avait consenti à ce que son sacre eût lieu «et hiver même à Paris. Combien n'avait-il pas fallu en effet, que ce prince surmontât de préjugés et de répugnances ! Ceux qui l'ont connu croiront à peine qu'il eût pu consentir un seul instant à se faire sacrer ailleurs qu'à Reims comme les rois ses prédécesseurs! D'ailleurs, quoiqu'il aimât la pompe elles cérémonies, il redoutait son sacre à cause du désavantage où il y paraîtrait aux yeux de ses peuples par toutes les infirmités qui l'accablaient. 11 craignait en outre les exigences et les importunités de sa famille, dont il ne s'était débarrassé jusqu'ici qu'en ajournant au sacre les pairies, les cordons bleus et autres grâces que Monsieur, ses fils et Madame lui avaient demandés pour leurs amis. Cependant, Decazes l'avait emporté et Louis XVlll lui avait réellement promis de se faire sacrer à Paris cet hiver. 11 est vrai que le favori n'avait mis jamais autant de prix à rien ; il se voyait le distributeur des grâces sans nombre répandues à cette époque et se donnant par là tant de partisans ^t de si dévoués, que sa puissance en deviendrait indestructible.

« Je rencontrai chez lui deux députés influents, Courvoisier et Benjamin Delessert, qui se prononçaient hautement contre le renouvellement quinquennal comme violant la Charte. Le dernier allait jusqu'à dire que si la chambre l'adoptait, il protesterait et donnerait sa démission. Je vis aussi Mézy qui me confia que Decazes l'avait envoyé à Louis pour lui proposer de remplacer Gorvetto et le prier de venir le voir le lendemain.

U4 ESSAI DE REMANIEMEiNT MINISTERIEL.

<( Mais ce même lendemain 3 décembre, je me rendis de bon matin chez le duc de Richelieu que je trouvai s'entretenant déjà avec Pozzo. J'entrai sur-lechamp en matière et lui représentai avec chaleur l'urgence de notre situation et le tort qu'il ferait à sa propre considération en hésitant plus longtemps. Rien ne saurait donner l'idée des angoisses où il passait ses jours et ses nuits depuis son retour. La nécessité où il était de choisir entre ses collègues et de se séparer de quelques-uns d'entre eux, la nécessité, pour lui plus cruelle encore, de braver le blâme et la calomnie de ces courtisans et de ces émigrés dont il faisait d'ailleurs si peu de cas, lui causaient des tortures inexprimables. Il changeait à vue d'œil et avait quelquefois de véritables attaques de nerfs.

« Cette fois cependant, j'en arrachai une décision. 11 me chargea en présence de Pozzo : i° D'engager M. Pasquier à céder les Sceaux à M. Laine, en lui promettant pour dédommagement le titre de vicechancelier que l'on créerait pour lui et son élévation à la pairie immédiatement après la session.

« 2° D'avoir une explication franche avec M. Louis que je terminerais en lui offrant le ministère des Finances si ses opinions se trouvaient conformes à celles du duc, non seulement sur les emprunts, mais encore sur le renouvellement quinquennal, le budget de la Guerre, la garde royale et toutes les questions qui nous divisaient. En même temps, Pozzo devait attaquer Laine pour en obtenir d'accepter les Sceaux.

« J'allai aussitôt chez M. Pasquier qui se prêta à tout avec beaucoup de bonne grâce ; il me pria seulement de faire porter à vingt mille francs son traitement de ministre d'État et que sa pairie fût transmissible à son frère, lui-même n'ayant pas d'enfants.

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