ESSAI DE REMANIEMENT MINISTERIEL
« Ma négociation avec M. Louis me laissait peu d'espérance. Il avait annoncé à Decazes qu'il partageait toutes les idées de Gouvion sur la garde royale et voulait même qu'on renvoyât chez eux les régiments suisses. Il montrait aussi une grande répugnance à -léger au conseil avec Laine, à l'influence duquel il attribuait toutes les fautes de notre ministère. Decazes, en me rapportant un discours de M. Louis, m'avait ajouté : « Au surplus, voyez-le à votre tour et si vous ne le convertissez pas, établissez bien que c'est lui qui refuse le ministère et amenez-le adroitement à indiquer lui-même Roy pour le remplacer. Quant à Pasquier, je ne m'en séparerai pas, mais achevons d'abord l'affaire Laine, la mienne, celle de Corvetto et je me fais fort ensuite de décider le Roi à nommer Pasquier ministre de sa Maison, malgré le duc de Richelieu. »
(( A peine étais-je retourné chez moi que le duc y arriva. Sa physionomie altérée annonçait un violent chagrin.
« En voici bien d'une autre, s'écria-t-il, M. Laine t'st décidé à se retirer, moi à le suivre, car rien ne me fera rester un quart d'heure au ministère sans lui. Je l'ai trouvé inflexible, sourd à la voix de la raison, à celle de l'amitié. Je n'y sais plus que faire, allez le voir, je vous en conjure, et tentez un nouvel effort. »
« Je promis a M. de Richelieu de faire tout ce qu'il voudrait, mais rien ne pouvait calmer son émotion et lui rendre quelque courage. Je le connaissais depuis trop longtemps pour ne pas savoir en ce moment ce qui se passait dans son âme. La présence seule de M. Laine dans le mini.^tère le rassurait lorsque les salons et la Cour l'accusaient d'être la dupe de Decazes ou de s'abandonner aux conseils d'un ancien ministre de Napoléon tel que moi. M. Laine ne faisant plus cause