‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 110 sur 204 · LE CHÂTEAU · texte numérisé non relu

LE CHÂTEAU

« Au reste ces occupations me laissaient peu de loisir, d'autant moins que ma santé m'obligeait à plusieurs heures d'exercice à pied ou à cheval. Le soir j'étais souvent trop fatigué pour aller dans le monde et je ma couchais. Quand je ne l'étais pas, j'allais passer une heure à l'Opéra ou chez M™* ...*. Le Château faisait alors le fond de la société de cette dernière. On avait donné ce nom à une réunion de femmes et d'hommes à la mode dont la duchesse de Maillé avait été le premier centre. Le duc de Wellington, Pozzo, le duc de Fitz-James, y venaient souvent. Cette coterie offrait un mélange bizarre de frivolité et de sérieux, d'esprit et de sottise. Pour moi, le croirait-on? j'étais attiré dans cette maison par des souvenirs que je préférais mille fois h toutes les réalités présentes. Je m'asseyais à l'écart dans le salon poyr me retracer à loisir ces soirées de 1816, ces premiers temps d'un amour si pur, ces promesses d'un avenir si tôt évanoui. A... ne venait plus alors chez M'"^ ... à cause de son procès avec ses frères et jamais je ne me sentais plus sévère pour elle; jamais je ne me sentais moins enclin à la retrouver qu'au sortir de ces lieux qui me retraçaient si vivement un bonheur qu'elle ne pouvait plus me rendre. Au surplus, toute cette société, surtout les femmes, me recherchait. J'étais moins fait pour elle. Je ne voulus aller ni chez la duchesse de Maillé, ni chez aucune autre dame du Château que M™® ... J'avais honte quelquefois du change que je voyais prendre sur moi et de paraître sympathiser avec un monde et des mœurs que toute ma nature repoussait, mais je n'aimais plus, et comme je l'ai dit plus haut, hors du

J. Supprimé.

Page 1