TENTATIVE
mauvaise santé, un peu de légèreté naturelle l'avaient déshabitué de moi. Je me sentais seul sur la terre, je n'y étais plus la vie de personne, nul bonheur n'y dépendait du mien. Une souffrance habituelle, cette existence, que j'ai dépeinte empoisonnée par la douleur, loin de dessécher mon cœur semblaient ajouter à sa chaleur et à ses besoins. C'est alors que mes deux filles se présentaient à ma pensée et que je me réfugiais tout entier dans le sentiment que je leur portais. Mais elles étaient si jeunes que je ne pouvais leur demander aucun retour. L'idée me vint de recourir une dernière fois à leur mère. En me rappelant tant d'unions qui, si mal assorties pendant la jeunesse, s'étaient rapprochées et même resserrées pour l'âge du repos, je pris un congé de trois jours que j'allai passer au Marais. J'essayai d'émouvoir M™® Mole. Je lui fis la peinture de l'isolement où elle me laissait k Paris, sans un ami dans le sein duquel je pusse jamais m'épancher, me reposer des affaires, ou des maux physiques qui épuisaient mon corps. Elle m'écouta tranquillement, m'exhorta à me distraire, me conseilla de m'amuser de mon mieux, et continua à jouer la comédie, ce qui était son plaisir le plus vif. Hélas! je ne lui demandais pas d'y renoncer, à ce plaisir, je ne lui demandais que de me plaindre, de m'amener même quelquefois mes filles à Paris, en un mot de s'inquiéter un peu de m'y savoir si abandonné.
« Mais il y a des êtres, il faut bien le reconnaître, chez lesquels le raisonnement devance la sympathie et qui ne savent qu'argumenter contre des peines qu'elles ne s'expliquent pas.
« Ce fut tout ce que j'obtins de cette dernière et douloureuse tentative, après laquelle je me résignai pour le reste de mes années à ne plus rencontrer dans