CONSEIL
le désintéressement ne dérogent jamais. Pozzo était loin de comprendre sa situation et s'obstinait dans l'espérance de succéder à M. de Richelieu. Un simple ministère même ne pouvait le contenter. « Je n'ai point, s'écria-t-il modestement , la prétention de dominer, mais je ne me laisserai présider par personne. »
« Je revins pour le conseil du lundi où l'on devait entendre Jacquinot. Pasquier vint me prendre chez moi et me proposa de passer d'abord chez Decazes. En entrant, le front de ce dernier me parut chargé de soucis. Il mit sans préambule et sans détours la conversation sur la retraite prochaine de M. de Richelieu. « Ma délicatesse, poursuivit-il d'un ton qu'il s'efforçait de rendre digne, ma délicatesse m'oblige à me retirer avec lui pour qu'on ne dise pas que je me suis défait successivement d'un grand nombre de mes collègues pour arriver à un ministère dont je puisse être le chef. » Je combattis ses scrupules aussi sérieuse-] ment que si j'y avais cru, en l'assurant que l'opinioi publique l'appelait depuis longtemps au ministère d( l'Intérieur. A ces mots, sa figure se rembrunit et i insista sur la nécessité pour lui de ne pas se séparei de M. de Richelieu. Je répétai que je ne le croyaij nullement obligé en honneur ou en conscience d« suivre M. de Richelieu et Laine dans leur retraite volontaire, mais que ces deux excellents citoyens n< devaient sortir du ministère qu'en passant sous un an de triomphe élevé par le Roi sur leurs têtes. Mon an de triomphe n'eut aucun succès. On me pria de h traduire en langue vulgaire. J'indiquai pour Laine h place de chancelier avec la présidence des pairs. Pasquier pâlit et Decazes s'écria qu'il vaudrait autan mettre la clef sous la porte, que la chambre haute
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SOUS l'influence de Laine, deviendrait ingouvernable et qu'il ne consentirait même jamais à lui laisser reprendre la présidence des députés. L'heure du conseil sonna, il était temps, car l'entretien devenait embarrassant pour tous trois, et nous nous dirigeâmes vers la rue du Bac.
(( Jacquinot nous y attendait. On se rappelle qu'il venait prendre les ordres du conseil sur la suite à donner à l'instruction criminelle dont il était chargé. Elle touchait à son terme et promettait à mon avis peu de résultats. Le procureur du Roi était d'un avis contraire et demandait à lancer des mandats de comparution ou d'arrêt contre les prévenus et particulièrement contre Canuel qui, comme on l'a vu, était en faute à l'égard de ce dernier. La question se présentait sous plusieurs faces. Canuel, poursuivi par le ministère, poursuivait de son côté Fabvier comme calomniateur. Fabvier n'était que le représentant de Marmont et Marmont n'avait agi à Lyon qu'en vertu des ordres du ministère. Le lendemain même, Canuel devait se présenter au tribunal où il avait cité Fabvier en y soutenant sa plainte en calomnie. Decazes, très effrayé du scandale de cette scène et des suites qu'elle pouvait avoir, proposa de la prévenir en lançant le soir même contre Canuel un mandat qni l'empêcherait de se présenter. « Effrayons-le, ajouta-t-il, pour qu'il continue de se dérober à la justice. Son absence le compromet bien plus que ne le ferait son interrogatoire. »
« Je répondis à Decazes que ce moyen d'empêcher les querelles de se renouveler me paraissait également machiavélique et insuffisant ; que bientôt Canuel se rassurerait en s'apercevant qu'il ne courait dans le fait aucun danger; qu'il reparaîtrait et reprendrait