‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 165 sur 204 · L\ GARDE ROYALE · texte numérisé non relu

L\ GARDE ROYALE

« Le conseil du lendemain présidé par le Roi fut intéressant. Le ministre de la Guerre y lut un mémoire bien rédigé où, discutant à fond toutes les réclamations de la garde royale, il prouvait qu'elles n'étaient fondées ni en droit, ni en fait. Le ton du mémoire était véhément, la garde n'y était envisagée que sous le point de vue militaire, jamais sous le point de vue politique et celui de son importance, jusqu'à ce qu'on eût acquis une armée d'une fidélité assurée. Je me permis quelques paroles dans ce dernier sens; Gouvion s'emporta et dit que tout était perdu, si on craignait de mécontenter la garde, qu'on en ferait une garde prétorienne si on ne savait braver ses murmures. Il en parla véritablement avec haine ainsi que de tous les corps militaires privilégiés, ajoutant qu'il se résignait à lui laisser tous les avantages dont elle jouissait et dont l'ordonnance n'avait jamais tendu à la dépouiller, mais qu'il demandait au moins qu'on le laissât fermer les yeux et ne pas s'expliquer. Le Roi, qui avait tout écouté avec un mécontentement contenu qui se trahissait sans cesse par la subite rougeur de son front, dit sèchement au maréchal qu'il l'autorisait à répondre aux réclamations de la garde que l'ordonnance avait été mal interprétée. Alors Gouvion, qui ne ménageait pas le Roi ce jour-là, lut un second mémoire où il réfutait à leur tour les prétentions et les réclamations des gardes du corps, bien plus insensées que celles delà garde. Louis XVIII, qui se souciait au fond assez peu de sa garde, mais qui tenait à sa garde du corps autant qu'à sa couronne et ne se serait plus cru le petit-fils de Louis XIV s'il avait changé quelque chose à leurs privilèges ou à leur organisation, Louis XVIII, le visage irrité et d'une voix émue, s'écria :

(( Monsieur le maréchal, le corps que vous attaquez est

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