INTRIGUES DE DECAZES ET DE PASQUIER
Lyon que Laine n'a osé achever sa mission, et s'est retiré sans parler du duc de Feltre. Pasquier et Decazes sont découragés et ne voient d'autre manière de se débarrasser du ministre de la Guerre qu'en vous sacrifiant et ils vont proposer à M. de Richelieu de mettre Gouvion à la place de Clarke, à condition que vous ne succéderez pas à Gouvion ; c'est un ménagement pour les ultras et pour la Cour qu'ils croient nécessaire. » L'effet que cette nouvelle produisit sur moi ne fut pas la surprise; je connaissais Pasquier et Decazes en amitié. Cela pourtant me rappela à Paris dès le lendemain, j'allai chez eux comme si de rien n'était, ils me reçurent avec contrainte et ne me parlèrent que de leur désir de me voir ministre d'Etat. « Quant au duc de Richelieu je le trouvai plus amical et plus en confiance que jamais; il me communiqua tout son plan relatif à la libération de notre territoire et au crédit à obtenir des chambres pour traiter avec les étrangers. Je lui parlai à mon tour de Marmont et avec plus de succès que Laine, car non seulement il m'écouta, mais il me promit de l'envoyer à Lyon plutôt que Macdonald pour lequel il avait penché jusque-là ; c'est, je crois, mon plus grand remords politique que d'avoir donné ce conseil au duc de Richelieu; il me confia ensuite et sous le sceau du secret qu'on lui avait suggéré de graves soupçons sur les sentiments de Gouvion à l'égard des Bourbons et me pria d'aller aux informations; enfin il me consulta sur l'idée de nommer M. de la Ferronnays ministre de France à Copenhague. Je ne me doutais guère alors qu'il fût réservé à devenir un moment, dans les affaires, un personnage. M. de la Ferronnays venait de perdre sa place auprès du duc de Berry, à la suite d'une véritable querelle de valets, dans laquelle
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toutefois il lui était resté en apparence le plus beau rôle. II était pauvre, avait de l'aplomb dans ses manières, peu d'esprit et cela ne s'opposait pas d'ailleurs à ce qu'il fût à Copenhague. J'encourageai M. de Richelieu à l'y envoyer. Je profitai ensuite de l'occasion pour remettre l'affaire de Fontanes sur le tapis ; le duc me promit de nouveau d'employer son crédit à lui procurer un dédommagement. Je fus encore une fois à Gourbevoie trouver Fontanes pour lui faire prendre patience et empêcher qu'il ne s'aigrisse; ce soin était d'autant plus nécessaire que M. de Talleyrand, toujours prêt à rallier tous les mécontents, faisait ce qu'il pouvait en même temps pour l'accaparer.
(c Les ministres que j'avais enfin décidés à terminer ce qu'ils préparaient pour la chambre des pairs, portèrent au Conseil d'Etat le projet de loi relatif à sa compétence et réunirent un conseil de cabinet pour l'examen des ordonnances relatives à sa dotation et aux majorats. Je donnai par écrit au duc de Richelieu les noms de ceux que je conseillais d'appeler à ce conseil de cabinet et le Roi les adopta sans exception. Au Conseil d'Etat je reproduisis le système que j'avais soutenu dans la chambre avec tant de constance et de conviction, mais il ne prévalut pas davantage et le grand principe, source de toute justice, qui consiste à ce que nul ne puisse être enlevé à ses juges naturels, c'est-à-dire à régler la compétence non seulement sur la nature du crime, mais aussi sur la qualité des personnes, fut encore une fois mis de côté.
« Un de mes principaux adversaires dans cette discussion avait été Bérenger, mon ancien collègue du Conseil d'Etat impérial ; mais quelle avait été ma surprise en le voyant soutenu par Royer-Collard, Guizot