‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 34 sur 204 · LES DINERS DE PASQUIER · texte numérisé non relu

LES DINERS DE PASQUIER

teux que je ne fusse pas encore à la Marine, mais dans le fond ne le regrettaient pas. Ils préféraient que je restasse dans leurs rangs, où il ne se trouvait pas alors un seul homme de nom et d'expérience et que je n'arrivasse au pouvoir qu'avec eux. Vers la fin de la soirée, Laine entra sans être attendu, il prit à part ses deux collègues et après avoir parlé bas avec eux pendant un quart d'heure, se retira sans nous rien dire. Les doctrinaires étaient furieux du mystère qu'on semblait leur faire, la face blême de Guizot en brillait d'un vif incarnat, Barante en était plus amer et Royer plus superbe. Pasquier s'aperçut qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour conjurer l'orage et s'avançant modestement vers le groupe irrité, il lui apprit que Laine venait de recevoir des dépêches de Lyon annonçant des atrocités commises par un détachement de troupes de ligne réuni à Saint-Genis-Laval pour l'exécution du capitaine Odin. Decazes accourut à son aide et tous consultèrent humblement les maîtres sur ce qu'il avait à faire. Le parti auquel on s'arrêta fut qu'il y aurait une démarche pressante et solennelle de Laine auprès du duc de Richelieu pour exiger le renvoi du duc de Feltre et demander l'envoi à Lyon du maréchal Marmont avec des pouvoirs illimités; il était sous-entendu que le duc de Feltre serait remplacé par Gouvion et que je succéderais à ce dernier à la Marine. Je m'ennuyais à Paris, et au lieu d'attendre l'effet de la tentative de Laine, je retournai au Marais où j'allai chercher ma femme et mes enfants pour m'établir avec eux à Ghamplàtreux.

« Dès le lendemain, Pozzo m'y suivit; sa subite apparition me fit soupçonner du nouveau. « Tout va mal, me dit-il, M. de Richelieu a reçu Laine si sèchement quand il lui a proposé d'envoyer Marmont à

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