‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 37 sur 204 · LES MINISTRES A CHAMPLATREUX · texte numérisé non relu

LES MINISTRES A CHAMPLATREUX

à M. de Richelieu la chose certainement la plus propre à mettre un terme à toutes ses hésitations à mon égard 1 En revanche Mézy continuait à me servir avec chaleur et tâchait de reconnaître les bons offices que je lui avais si souvent rendus. Il courut à Maffliers chercher l'évêque d'Alais pour qu'il vînt appuyer son influence sur Laine et M. de Richelieu. M™^ de Jumilhac ellemême, me parla des tergiversations de son frère de la façon la plus aimable et voulut m'expliquer les discours de sa sœur sur moi. J'allai droit chez le duc lui apprendre les bonnes dispositions de Monsieur, elles produisirent sur son esprit l'effet que j'avais prévu; je le vis subitement soulagé en pensant qu'il pourrait obéir à sa raison et à son penchant sans irriter le pavillon de Marsan. Nous conférâmes ensuite sur les affaires générales ; je passai en revue avec lui toutes les difficultés du moment; je remis sous ses yeux mon plan de campagne pour la session, et je l'amenai insensiblement à parler du duc de Feltre, et il reconnut pour cette fois la nécessité de s'en débarrasser promptement.

<( M. de Richelieu était tout joyeux d'avoir reçu la veille de Rome les ratifications du nouveau Concordat et les trois chapeaux de cardinaux français; je ne pus m'empêcher de troubler encore une fois son contentement en lui faisant prévoir les orages que ce fatal Concordat appellerait sur lui. Pozzo vint nous interrompre; je le pris en particulier pour lui dire le message que j'avais reçu de Monsieur et, me rendant confidence pour confidence, il me révéla qu'un pacte avait été fait entre Decazes et Pasquier pour que Gouvion, succédant au duc de Feltre, le portefeuille de la Marine fut donné par intérim au plus ancien chef de division de ce département appelé Jurien ; il m'apprit

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en outre que Caraman pendar^t son séjour à Paris avait employé tout son petit crédit sur M. de Richelieu contre moi.

« Les ministres avaient fait la partie d'aller dîner à Champlàtreux ; j'y retournai pour les recevoir; mon beau-frère, qui les précéda de quelques heures, me confia que M. de Richelieu avait dit la veille à M'"^ de Gourgues que son parti était pris de mettre Gouvion à la Guerre et moi à la Marine. Le duc, Laine et Pasquier arrivèrent par une pluie battante, Decazes ne put venir à cause de l'inquiétude que lui donnait sa sœur, jyjme Princeteau, alors très malade. Pozzo amena M"® de Jumilhac; pour Mézy, il vient sans qu'on l'amène et il avait garde de manquera une telle réunion. Enfin M. et M*"® de Barante, qui avaient désiré de s'y trouver, et M. et M™® de Mun qui revenaient de Bruxelles augmentèrent le nombre des convives. La journée se passa gaiement, quoiqu'on ne pût se promener, et d'un commun accord chacun s'abstint de parler d'affaires. Laine y fut pour moi un sujet d'observations, il semblait dépaysé et contraint en se trouvant dans un manoir où tout retraçait des habitudes et des mœurs fort peu bourgeoises ; il lui échappa de me dire plusieurs fois, avec une sorte d'humeur : « Ce n'est pas la être à la campagne, je vous l'assure. » Ce qui signifiait : « Je ne me sens pas à l'aise ici. »

« Le soir, toute la bande ministérielle me quitta et le lendemain j'allai me réunir à elle dans le cabinet du Roi, où se tenait un dernier conseil pour les ordonnances sur la pairie. Ce conseil, outre les ministres, avait été composé sur mes désignations, du chancelier, de Lally, Fontanes, Garnier et Royer. Le chancelier combattit mes ordonnances et vota le rejet avec une chaleur, je dirai même une violence, qui nous confon-

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