‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 38 sur 204 · ORDONNANCES SUR LA PAIRIE · texte numérisé non relu

ORDONNANCES SUR LA PAIRIE

dit tous ; je n'ai jamais bien su les motifs secrets qui l'avaient fait sortir de son caractère ; Decazes et Pasquier le soupçonnaient de s'opposer à tout ce qui pouvait enraciner la pairie, ainsi que toutes les institutions fondées par la Charte. Pasquier répondit avec tant de faiblesse au chancelier, que la victoire serait restée à ce dernier, si le duc de Richelieu n'avait énoncé en peu de mots une opinion si positive, qu'elle ressemblait à une volonté imperturbable. Je donnai quelques raisons à l'appui de ce qu'il venait de dire, mais sans m'étendre, car d'une part la chose me paraissait décidée, et de l'autre, je me sentais environné de gens pressés de parler et de se faire remarquer. Lally déploya un papier que, dès le commencement de la séance, je n'avais pas vu sans inquiétude sortir de son sein ; heureusement, il ne renfermait que quatre pages en lettres, dont il fallut subir la lecture, quoiqu'il fût sans exemple, dans un conseil de celte nature et en présence du Roi, d'opiner par écrit. C'était une homélie tendant à faire ériger en pairie plusieurs sièges épiscopaux. Lally a épousé la religion par ses phrases; il est aussi le plus délié des courtisans et il prit ici le chemin le plus sûr pour arriver au cœur de Louis XVIII, en considérant la religion comme moyen de gouvernement. Après lui, Garnier fit sa cour à sa manière : de même que Lally s'est fait dans tous les temps le champion des idées sensibles ou religieuses, Garnier s'est montré celui de l'aristocratie et du pouvoir; il ne parla donc que de la nécessité de fortifier l'autorité royale et de lui créer des soutiens. Pour Fontanes, il avait préparé quelques périodes harmonieuses qui ne prouvaient rien si ce n'est qu'il était, sous Louis XVIII comme sous Napoléon, le plus spirituel et le plus élégant des fiatteurs. Il faut l'avouer,

Page 1