‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 93 sur 204 · VOTE DE LA LOI · texte numérisé non relu

VOTE DE LA LOI

d'un boulevard si sur... Nos soldais ont beaucoup expié, car ils ont beaucoup souffert. »

« Rien ne peut donner l'idée de l'expression que le maréchal Gouvion sut donner à ces dernières paroles, qu'il prononça d'une voix contenue et en levant les yeux vers le ciel. Des tonnerres d'applaudissements l'interrompirent, l'émotion m'avait gagné et je me surpris aussi battant des mains. Je ne me lassais pas d'admirer le débit de l'orateur à la fois si simple et si parfait. « Vous ne savez donc pas, me dit Decazes, que Gouvion, dans sa jeunesse, a été comédien? »

« Le président fut quelque temps sans pouvoir se faire entendre. Quand le calme fut rétabli, on entra dans la discussion des articles. Le premier titre fut adopté avec l'amendement proposé par la commission à l'article premier. Le vote annuel fut rejeté après une discussion orageuse où le côté gauche prit l'attitude la plus hostile. Pasquier monta plusieurs fois à la tribune et contribua à faire écarter plusieurs amendements. 11 se fit remarquer par ses ménagements pour la droite et même les caresses qu'il lui adressa. Toutes les fois que Pasquier se croit sur un mauvais terrain, il essaye, à force d'insinuations, de douceurs et de tendresses, de persuader à son adversaire de lui céder encore pour cette fois seulement.

« Les vétérans furent soutenus avec chaleur par Camille Jordan et avec talent par Laine. Ce dernier, qui aime sincèrement et peut-être même avec passion l'égalité était, après le maréchal, le ministre le plus favorable à la loi. Enfin ces deux titres des vétérans et de l'avancement, objets de tant d'injures et de tant d'éloges, passèrent, et l'ensemble de la loi fut adopté par 147 voix contre 92.

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