DECAZES PAIR DE FRANCE
réunissait des amis tels que Louis, Jaucourt, le général Préval pour lesquels il avait peu de secrets. On voit ce qu'était devenue dès lors l'unité de notre ministère. Laine, étroitement uni au duc de Richelieu seulement, n'aimait ni n'estimait Decazes et se souciait fort peu de ses autres collègues ; Decazes détestait Laine et n'aspirait qu'à s'en défaire ; Pasquier, n'ayant jamais d'autre ambition que de triompher avec le plus fort, se rangeait à ce titre du côté du favori qui lui semblait alors plus puissant que le Roi lui-même. Pour moi, j'étais à la fenêtre tantôt m'amusant, tantôt m'indignant de toutes ces intrigues, et prévoyant que si l'adresse et le succès étaient pour Decazes, l'honneur et la dignité seraient toujours du côté de M. de Richelieu. Mais plus j'étais décidé à m'éloigner à temps du favori et même à rompre avec lui quand il le faudrait, plus je voulais lui rendre justice et même lui témoigner bienvaillance et intérêt dans l'occasion. Les discours de Salaberry, de la Bourdonnaye, de Chateaubriand, do Fitz-James, en un mot la multiplicité et la violence des attaques auxquelles il venait d'être en butte dans les deux chambres, me parurent exiger que le Roi et ses collègues lui donnassent quelque marque éclatante et nouvelle de leur considération. Je le dis à Decazes lui-même, avec loyauté et conviction. 11 répondit à ces ouvertures en- se plaignant amèrement de sa position, qui commençait à lui devenir insupportable.
<( Vous le voyez, ajouta-t-il, personne, pas un pair, pas un député ne m'a défendu ; et mes collègues euxmêmes pensent-ils jamais à rien faire pour moi? »
« — Je vous le prouve, repris-je, et il me semble que vous choisissez mal votre moment pour un tel reproche, je n'hésite pas à vous le dire comme je le