LE COMTE MOLE RELEVÉ DE SON SERMENT
devant la catastrophe imminente et certaine, il tint à honneur de demeurer à son poste, suivant en cela ses traditions ancestrales de fidélité à la parole donnée.
M. Mole resta auprès de l'Impératrice jusqu'au dernier moment, et ne revint à Paris qu'après que l'Empereur l'eut relevé de son serment, afin qu'il put, disait la lettre de Napoléon, « rendre de nouveaux services à sa patrie ».
Revenu à Paris, le comte Mole se vit frappé de l'espèce de réprobation qui pesa en 1814 sur tous ceux qui avaient rempli de hautes fonctions sous le régime qui finissait. 11 vécut à l'écart pendant toute la durée de la première Restauration, assistant du fond de sa retraite aux difficultés et aux erreurs parfois du gouvernement de Louis XVIIl qui, acclamé à son retour, allait voir sa popularité diminuer, grâce aux exagérations des ultras, et surtout aux attaques des partisans de l'Empereur.
(( L'année 1814, écrit le comte Mole*, avait montré l'impuissance où était le trône restauré, de maîtriser, de contenir les passions, toutes les forces coalisées pour le renverser. Mais entre les machines de guerre inventées par toutes les oppositions, la plus terrible fut de présenter la maison de Bourbon, proscrite ou oubliée par la France, comme ramenée et imposée à cette même France par huit cent mille baïonnettes étrangères.
« Assurément, si Napoléon n'eût pas été vaincu par ces baïonnettes, les Bourbons ne seraient pas revenus. Mais le mensonge, le grossier mensonge est dans le mot imposé. Mon témoignage ne saurait être suspect; j'étais de cette jeunesse qui n'avait connu les Bour-
1 Voir note page 129.