‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 103 sur 203 · LE RETOUR DE L ILE D ELBE · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE L ILE D ELBE

Lanjuinais et on leur offre Cambacérès. Pour l'intérieur on balance entre d'Argenson, Chateaubriand et Benjamin Constant; on conserve Clarke et Louis. Pendant toutes ces hésitations, Napoléon continue sa marche triomphale à travers la France ; dans la nuit du 19 au 20, le Roi part avec les princes et les ministres, le 20 au soir l'Empereur arrive aux Tuileries.

Dans la matinée, le comte Mole était allé chez Cambacérès, et avait eu un entretien avec lui :

« — Eh bien ! Monsieur, voilà encore de grands événements, lui dit Cambacérès.

« — Oui, Monseigneur, et peut-être Votre Altesse en sait-elle plus que moi sur ce qui les a préparés.

<( — Non, je vous jure; comme je vous l'ai dit souvent, je n'aspire qu'à finir ma vie dans le repos, et jamais on ne me verra rien faire qui puisse le troubler. Le duc de Rovigo vient de me demander mes ordres; je n'en ai point à donner, l'Empereur ne m'a rien fait dire, c'est à vous. Messieurs les Ministres, à vous emparer du gouvernement pendaîit l'interrègne si vous le jugez convenable, mais un grand dignitaire comme moi n'a rien à faire.

(( — Je ne me regarde pas comme ministre de l'Empereur, à moins qu'il me renomme, et c'est le- désir d'entretenir Votre Altesse de ma position qui m'amène surtout chez elle. Elle peut se rappeler ce que je lui ai dit à Blois, il y a un an. La révolution et surtout les derniers événements ont tant pesé sur moi que je me sens vieux et me trouve usé avant le temps. L'Empereur connaît mon dévouement, mais je n'ai plus assez de forces pour rentrer dans la carrière. Veuillez, Monseigneur, m'aider à lui faire agréer que je me retire, jamais vous ne m'aurez donné un témoignage plus sensible de bonté et d'amitié.

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