‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 134 sur 203 · LA CAPITULATION DE PARIS · texte numérisé non relu

LA CAPITULATION DE PARIS

tout OÙ il a commandé, aime vraiment sa patrie, et a un genre de conscience qu'il ne trahit jamais. Il vit lesort réservé à Paris, à la France, et qu'une première victoire ne ferait qu'aggraver tout en le retardant.

(( Il leur refusa cette victoire lorsqu'elle ne pouvait lui échapper. Il avait sous son commandement cent ou cent vingt mille hommes d'une ardeur portée jusqu'à la rage, parfaitement commandés, pourvus d'una artillerie et d'un matériel immenses. Blûcher, ainsi que me l'a raconté le duc de Wellington lui-même^ par une précipitation inexcusable, ayant fait passer la Seine à son armée, sans attendre les Anglais destiné» à appuyer son mouvement, se trouva ainsi compromisdevant des forces bien supérieures aux siennes. « C'en était fait de l'armée prussienne, m'ajouta Wellington, si Davoust l'eût attaquée. » Davoust le vit, Davousi le sut et pourtant s'arrêta.

« EfTrayé néanmoins de la responsabilité qui pesait sur lui, il réunit un conseil de cinquante officiers généraux, où la question de la défense de Paris fut agitée. Quarante-huit pensèrent qu'on ne pouvait 1& défendre. Tous ces généraux, la rage dans le cœur, prévirent donc qu'il fallait capituler et s'y résignèrent. En remettant leur épée dans le fourreau, ils faisaient un sacrifice bien au-dessus du sacrifice doleur vie. Ils le firent à la Patrie, et non. pas à la fortune, car loin de songer à se réconcilier avec la causequi allait triompher, ils publiaient en même temps, cette fameuse lettre, où ils protestaient avec tant d& violence contre le retour des Bourbons.

« Plusieurs, et Davoust lui-même, ne tardèrent pas à se repentir de l'avoir signée, prétendirent que leur signature avait été prise, mais ils ne le persuadèrent pas et tombèrent en disgrâce après le retour du Roi,

LA CAPITULATION DE PARIS. 2it

<c C'est dans la nuit du 3 juillet que Davoust capitula. Je la passai tout entière au Conseil municipal dans de vives anxiétés, car si la négociation se rompait, il fallait s'attendre à une épouvantable catastrophe. A deux heures du matin, le maréchal Masscna, commandant en chef la garde nationale, l& général Durosnel, qui la commandait en second, vinrent, accompagnés de l'adjudant Tourton, nous annoncer que tout était conclu et signé. La douleur et l'abattement se peignirent sur le visage de Durosnel; sur celui de Tourton on ne voyait que le contentement d'un sot qui se croit important. Masséna nous dit qu'il avait trop vécu, puisque sa vieillesse^ était réservée à capituler pour la première fois dans Paris. Sa tristesse pourtant était moins profonde que celle de Durosnel, il y avait dans son maintien et ses discours des insinuations qui trahissaient la penséede l'avenir.

« Le Conseil reçut les communications qui lui étaient faites avec un religieux recueillement. Dans un moment il n'y avait ni Bourbonniens, ni Bonapartistes, on ne se sentait que Français. Chacun se retira en silence, Tourton me ramena chez moi à quatre heures du matin. Les étrangers ne sentirent que troples chances qu'ils avaient courues, ils furent effrayés de la résistance que les débris de Waterloo et l'élan du patriotisme pouvaient leur opposer encore. Dès lors le licenciement de l'armée devint inévitable : ils se promirent d'épuiser et d'humilier la France, s'ils^ ne la partageaient pas.

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