TALLEYRAND AGRÉÉ PAR LOUIS XVIII
nier nous apprit tout ce dont nous désirions être instruits.
« M. de Talleyrand, après avoir été renvoyé vingt-trois heures, était resté maître du terrain en l'emportant sur les princes. A son tour, il avait chassé M. de Blacas, et dirigeait tout. Du reste, il ignorait la véritable situation de Paris et de la France. Quoique les concessions ne lui coûtent guère, il montrait de la répugnance à laisser entre Fouché au Conseil; du reste, il me désignait comme un des hommes dont il Toulait le plus se servir, et paraissait dé vidé h donner à Pasquier les Sceaux. Chateaubriand avait quitté le patronnage de M. de Blacas pour celui de M. de Talleyrand: mais en voyant qu'il ne le ferait pas ministre, il s'était jeté dans le parti de Monsieur et prêchait la réaction.
<( Quant aux émigrés sortis avec le Roi, ils revenaient moins corrigés et plus insensés que jamais. La longue épreuve de 1814 et la terrible leçon du 20 mars étaient encore perdues. Rien, à la vérité, n'égare autant des esprits prévenus, que l'expérience mal comprise. Les émigrés étaient convaincus que Bonaparte n'aurait jamais réussi au 20 mars, si on les eût laissés faire en 4814, c'est-à-dire si, au lieu de composer avec la révolution, on eût réagi franchement contre elle. Leurs amis et leurs familles restées à l*aris étaient dans une disposition toute contraire; ceux-ci avaientvu les choses de si près, qu'ils n'avaient pu s'y méprendre; ils étaient si découragés, qu'ils allaient presque trop loin dans les concessions qu'ils offraient. L'arrivée des émigrés ne tarda pas, comme on le verra, à leur rendre l'espérance, et, avec elle, leurs illusions et leur folie. Mais d'abord ils se divisèrent sur Fouché. Les émigrés, pour cette fois seulement
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<l'accord avec le Roi, repoussaient l'idée de l'appeler au ministère et par une autre bizarrerie, Monsieur, avec tout ce qui était reste en France, soutenait qu'il n'y avait pas une autre voie de salut.
<( Pour parvenir à son but, Fouché environnait le E.oi et les princes de terreur; de toutes parts, il les faisait assaillir d'avis sinistres et déclarait qu'il n'osait répondre de leur vie dans Paris, tandis qu'il entretenait sous main les espérances des bonapartistes et leur audace, afin de se rendre de plus en plus inévitable et nécessaire.
(( Il me montra la lettre qu'il adressait au Roi en résignant les fonctions de chef du gouvernement provisoire; elle était adroite, quoique arrogante et pleine ■de leçons si hautaines, qu'elle pouvait se prendre pour des menaces. Je trouvai chez lui le pauvre Gaulaincourt, qui commençait à s'apercevoir du rôle de •dupe qu'il avait joué. Son cabinet ne désemplissait pas, on y voyait se succéder les royalistes et les bonapartistes, Vitrolles et Barrère, les vainqueurs et les vaincus; il offrait des passeports à ces derniers, des lettres de recommandation pour l'étranger, et tâchait ainsi de se débarrasser de ceux qui pouvaient le gêner.
« — Que dites-vous de ce vieil imbécile? me demanda-t-ilau moment où La Fayette nous quittait. En connaissez-vous un plus niais? Savez-vous ce qu'il vient me demander? De respecter la liberté de la représentation nationale jusqu'à ce que les étrangers viennent en fermer la porte. Vous pensez bien que je leur épargnerai ce soin et qu'avant de les laisser entrer avec le Roi, je renverrai messieurs les Représentants raisonner principes chacun chez soi. Pour celui-là, continua-t-il, en voyant entrer Benjamin Constant, c'est une autre affaire, il a du talent et de l'esprit.