PASQUIER
aventures, et nul ne les lui aurait prédites, excepté lui'
« Toutefois il doit à son extrême confiance en luimême un avantage bien précieux, c'est de paraître à toute heure tout ce qu'il vaut. A la tribune comme dans un salon, il parle avec facilité et assurance, mais sans élégance, précision ni correction. Son ignorance des règles du langage le rend incapable d'écrire, bien qu'il ait dit un jour en ma présence que s'il se mêlait d'écrire, il aurait toute la pompe et l'harmonie de Buffon. Il est rare d'être aussi dépourvu que lui d'ima- • gi nation et de chaleur; son àme semble partager la .sécheresse de sa personne; l'une et l'autre manquent de chairs, de charnières et d'étoffe, mais sa facilité, sa disponibilité sont admirables. Il saisit vite, conçoit aisément, s'empare avec dextérité de l'idée qu'on lui présente, se l'approprie et soutient intrépidement qu'elle lui appartient. C'est parce côté qu'il est propre aux fonctions éminentes; il fait travailler, surveille, dirige et répand autour de lui le mouvement. Actif et paresseux, il fait travailler plus qu'il ne travaille, et travaille plus qu'il ne s'applique. Il a renoncé successivement à toutes les intimités de sa jeunesse; il n'a de liaisons que celles qui lui sont données par sa position^
« J'allais l'accuser d'égoïsme, il n'a que de la personnalité, je ne 'ai vu servir pour servir, obliger pour obliger personne. Il semble même qu'il ait quelque répugnance à faire plaisir, quand il oblige.
« Les royalistes le virent arriver au ministère avec appréhension ; ils ne pouvaient lui pardonner d'avoir