LA FIN DE NAPOLEON
conduire Bonaparte à Rochefort, il ne l'avait quitté que sur le Bellérophon.
« Il nous parla beaucoup de l'indécision que montra Napoléon dans les derniers moments de sa vie politique. Elle ne s'explique que par la peineavec laquelle il a renoncé à l'espérance. Il conserva celle d'être rappelé par les Chambres, jusqu'à ce qu'il eut appris par une lettre de Joseph l'entrée du Roi dans Paris. Jusque-là, il inventait prétexte sur prétexte pour gagner du temps, et tenait continuellement conseil, avec ceux qui l'avaient suivi, sur le parti à prendre. A la fin, il voulut s'échapper en Amérique à bord d'un smack, qu'il avait secrètement acheté, puis abandonnant tout à coup son projet trop aventureux pour être dans son caractère, il se livra à ces Anglais qu'il avait si opiniâtrement combattus, si constamment outragés, «t il adressa la lettre suivante au Prince Régent :
<( Altesse Royale. En butte aux discussions qui di- « visent mon pays, et à l'inimitié des puissances de <( l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique ; je viens, <( comme Thémistocle, m'asseoir au foyer du peuple « britannique, je viens me mettre sous la protection « de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale <( comme du plus puissant, du plus constant et du « plus généreux de mes ennemis. »
u Bonaparte se déguisait à lui-même la faiblesse de sa résolution par la couleur héroïque do cette lettre. On ne conçoit pas qu'il ait pu en attendre aucun effet ; elle n'en eut d'autre que de le faire envoyer à Sainte- Hélène. En sortira-t-il jamais? ou, comme tout porte à le croire, y rendra-t-il une vie dont le commencement annonça tant de grandeur, dont le milieu vit ^clore tant de merveilles et la fin ne présenta plus que la misère, qui signale celle des aventuriers?