‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 180 sur 203 · ASSASSINAT DU GÉNÉRAL RAMEL · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU GÉNÉRAL RAMEL

de sa déportation, n'avait donne au Roi depuis son premier retour, que des preuves de fidélité et de dévouement. Les ultra-royalistes eux-mêmes n'avaient à lui reprocher que d'avoir continué ses fonctions pendant les Gent-Jours. Mais il leur avait rendu tant de services, il avait mis tant de zèle et de courage pour l'aire reprendre à Toulouse le drapeau blanc, que les plus emportés parlaient encore de lui avec éloge. Ramel commandait à Toulouse, dont la garnison était en partie formée du régiment provisoire de Marie- Thérèse et des volontaires royaux. Ces deux corps faisaient la terreur du Midi ; le ministère avait ordonné leur licenciement, et Ramel en était chargé. Dès ce moment il fut désigné aux poignards des sociétés secrètes, dont les chefs commandaient les régiments licenciés..

« On choisit un jour de fête où le peuple célébrait par des danses et des jeux le retour de son souverain. Ramel est insulté en traversant la place publique, il n'a que le temps d'arriver chez lui. Mais au moment cil il y entrait, il reçoit un coup de pistolet dans le bas-ventre. Sa maison est aussitôt assiégée par des furieux, sans qu'il soit secouru autrement que par le préfet Rémusat, arrivé de la veille, et quelques officiers de la garde nationale, qui employèrent tour à tour les prières et les menaces pour éloigner les assassins. A la fin, la porte est enfoncée, le malheureux Ramel se cache dans son grenier, on l'y poursuit, on l'y découvre et seize coups de pointe donnés aux cris de : « Vive le Roi, vive le duc d'Angoulême », le laissent presque sans vie. Le duc d'Angoulême qui venait de quitter Toulouse, revient aussitôt sur ses pas. M. de Villèle, alors maire de la ville, et qui se préparait au r >Io qu'il a joué depuis, fit une procla-

322 LE DUC D AiNGOULEME ET LE GÉNÉRAL CASTANOS.

mation où il invitait à la tranquillité les habitants, mais OLi le parti à la tête duquel il méditait de se placer était ménagé. Le ministère ordonna des poursuites, et une proclamation royale, contresignée Pasquier et conçue dans les termes les plus énergiques, commença enfin à arrêter le progrès de la réaction dans le Midi.

« On serait injuste ici pour le duc d'Angoulême, si on ne le trouvait bien plus à plaindre qu'à blâmer. Nos princes ont vécu dans l'exil comme à Versailles; les mêmes préjugés les ont empêchés de se mêler franchement à leurs contemporains, et de regarder les événements face à face. La timidité qui doit résulter de l'éducation qu'ils ont reçue ne les laisse juger de rien par eux-mêmes. Il leur parait très téméraire i de penser ou de sentir sans consulter.

« Le duc d'Angoulême, s'étant rendu de Toulouse à Bordeaux, apprit dans cette ville que deux armées espagnoles menaçaient d'entrer en France, en se dirigeant l'une sur Bayonne, l'autre sur Perpignan. II part aussitôt; de son propre mouvement, il court audevant du général Castanos, il rassemble sur sa route tout ce qu'il peut trouver de moyens de défense, et il déclare à l'armée espagnole qu'il va l'attaquer si elle ne se retire.

(( Cette invasion en pleine paix n'était qu'une spéculation du cabinet de Madrid. Il avait voulu, sous le prétexte d'assurer l'autorité de Louis XVIII, faire occuper nos provinces du Midi, comme les armées alliées occupaient celles du Nord; il espérait par là acquérir le droit de lever aussi des contributions, ou avoir sa part dans celles que l'Europe exigeait pour prix de cette occupation prétendue protectrice.

« Cependant Castanos ne peut résister aux instances

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