‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 190 sur 203 · Un nom supprimé · texte numérisé non relu

Un nom supprimé

douter, préparé le triomphe, dans les élections, du parti qu'il redoutait.

« Mais ce qu'on a peine à expliquer, c'est que le bon sens et la fermeté de Gouvion lui aient permis de licencier l'armée française sans en recréer une, de reprendre au service de la France des régiments suisses, à des conditions qui doivent les rendre de plus en plus odieux, de mécontenter tous les officiers par le système des demi-soldes, enfin de traduire Ney devant un Conseil de guerre, évidemment incompétent, et d'accabler un vieux guerrier, tel que le maréchal Moncey, du poids des châtiments arbitraires, parce qu'un sentiment de délicatesse l'avait empêché de siéger parmi les juges de Ney.

« Cependant je n'ai rien dit encore du plus grand mal que ce ministère ait fait à la Patrie.

« Il a blessé le cœur et l'orgueil des Français, en les déclarant coupables ou complices de l'usurpation du 20 mars. Cette qualification d'hommes des Cent- Jours, donnée à ceux qui ont cru pouvoir servir leur pays et le défendre quel que fût le gouvernement étobli, a tout perdu. Elle a renouvelé la faute de 1814, où déjà des Bourbons parurent amnistier tout un peuple, encore ivre d'une gloire qu'il avait acquise sans eux. Les Français n'aiment pas être pardonnes.

« Au second retour du Roi, le gouvernement devait mettre toute son habileté à restreindre autant que possible le crime et le nombre des coupables, ras- %WFer même les consciences inquiètes et les scrupules les plus délicats. Il devait, en un mot, poursuivre à outrance les auteurs de l'attentat et ouvrir ses bras à tows les autres comme à des enfants retrouvés, au lieu de se priver de l'appui de tout ce qui avait porté les armes, exercé une fonction ou prêté un serment

FOUCHE A DRESDE. 33^

pendant les Cent-Jours, c'est-à-dire de presque tout ce qu'il y avait de talent et d'énergie en France. Au lieu de mettre la France entière en quarantaine et de soumettre chacun à ces purifications qu'on demande encore aujourd'hui, il fallait qu'une allégresse générale célébrât le retour du père de famille. C'était le moyen de tout obtenir, même ce repentir, auquel attache tant de prix l'orgueil de ceux qui l'exigent.

« Mais le pardon ne sied pas à la faiblesse. Si les Français avaient seuls combattu des Français à Waterloo, si le panache blanc y avait vaincu le drapeau tricolore, alors seulement on aurait pu se permettre d'être généreux.

<( Quant au duc d'Otrante, circonvenu, pressé de toutes parts, il s'était vu contraint d'envoyer au Roi sa démission peu de temps avant le renvoi de ses collègues. Il l'avait accompagnée d'une lettre qu'il me lut, et dans laquelle il parlait de son vote dans le procès de Louis XVI, de ses remords, et de sa situation dans le conseil de Louis XVIII, d'une manière noble et touchante. Le Roi fut quelques jours sans lui répondre, parce qu'il hésitait sur ce que l'on ferait de la personne de Fouché. Il lui écrivit enfin qu'il acceptait sa démission, mais qu'il comptait sur sa fidélité et que ses services, n'ayant pas cessé de lui être agréables, il l'avait nommé son ministre à Dresde.

« Fouché ne tarda pas à se mettre en route. Il eut, avant de partir, la consolation de voir M. de lalleyrand partager son sort. Grâce au ciel, je n'ai guère manqué à me rapprocher d'un homme puissant le jour où il penche vers sa ruine. Je le fais par instinct et par penchant. Au besoin, j'y serais encore porté par mon goût pour l'observation. C'est aux prises non seulement avec l'adversité, mais avec l'humiliation, qu'il

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