LE SECRET DU GOUVERNEMENT
croyais utile et bon en soi, je serais bien assez hardi^ pardieu ! pour le faire malgré les clabauderies, dussèje être égorgé pour l'avoir fait. Je suis tantôt renard, tantôt lion. Tout le secret du gouvernement consiste à savoir quand il faut être l'un ou l'autre. »
« Ici malheureusement, continue M. Mole, les notes écrites à mesure que l'Empereur parlait m'abandonnent. Je suis obligé de recourir à des souvenirs autrement recueillis et restés profondément gravés dans ma mémoire. J'ai longuement raconlé dans mes- Mémoires* tout ce qui a trait à l'avènement de F'ontanes comme grand maître de l'Université. C'est avec la finesse du renard qu'il avait préparé le parti philosophique a subir un tel choix, et convaincu les amis de Fourcroy lui-même de l'impossibilité de le laisser a la tête de l'Instruction publique.
« Mais que deviendront mes mémoires, si peu avancés.»* et qu'elle sera définitivement ma dernière volonté sur leur avenir? je ne saurais le dire. C'est en désespoir de les achever que j'ai voulu essayer de préserver de l'oubli mes rapports avec Napoléon. Je tiensaussi, je l'avoue, et même je tiens beaucoup, a ce que ceux qui viendront après moi et qui n'auront pas connu cet homme extraordinaire, lisent le jugement que j'ai porté de lui. Nul peut-être n'a été mieux placé, oserais-je l'ajouter, mieux doué que moi, pour l'apprécier avec pleine justesse. Des facultés comme le» siennes étaient propres à exciter ma plus grande admiration, mais je suis trop sensible au vrai beau, ce beau où le bien et l'honnête sont étroitement unis à la grandeur, pour confondre ici l'homme avec le*
1. Le comte Mole fait allusion ici à la partie de ses mémoires qui nous manque. (Voir l'avant-propos.)