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avait fait aux douze questions de Napoléon les répons«:;S les plus satisfaisantes. Sa composition ne m'avait pas laissé douter un instant de ce résultat. Il s'agissait maintenant de donner à ces réponses une autorité qui ne pût être contestée, d'en faire des décisions doctrinales émanant de la réunion des docteurs de la loi ; ■enfin de s'assurer qu'aucun rabbin n'oserait les attaquer ou protester contre elles. Déjà nous avions obtenu qu'une assemblée qui comptait dans son sein l'élite des juifs de France flétrit et condamnât hautement, sans réserve et sans restriction les habitudes honteuses, les jtraliques criminelles sur lesqu*^lles le gouvernement avait appelé son attention, et qui avaient excité les plaintes d'un si grand nombre de Français. Pendant le délai nécessaire pour que les députés du Grand Sanhédrin arrivassent de toutes les parties du globe, les commissaires travaillaient de temps en temps avec une commission de neuf membres choisis par l'assemblée et dont nous avions provoqué la formation. Nous n'avions avec elle qu'à nous défendre de sa trop grande facilité à transiger sur tous les points les plus délicats des habitudes et même des croyances de leurs coreligionnaires. Il faut le dire ici, la tête n'entraînait pas le corps. Les juifs riches, cultivés, n'avaient plus du juif que le nom, qu'ils gardaient et auquel ils répondaient par point d'honneur ; c'étaient des Français d'origine juive, et la plupart philosophes du xviii^ siècle. Ce n'était pas le moindre de nos embarras que de les mettre d'accord avec les vrais juifs, surtout avec les rabbins qui se défiaient d'eux et les soupçonnaient de vouloir les livrer.
« Qu'on me permette un retour fugitif sur moimême. On a toujours certainement sa même valeur intrinsèque, qu'on soit au premier rang ou au second.
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mais il y a des natures qui n'ont tout leur jeu, toute leur aptitude qu'au premier, sans vouloir plus pour cela; je n'entends par là, bien loin, le premier de tous, mais j'entends le premier dès qu'on est plusieurs. J'ai toujours cru que, sans être au-dessus ni même au niveau de beaucoup d'autres, je savais mieux conduire que suivre, diriger que participer ou concourir. Napoléon m'a constamment paru me juger ainsi. Entre les trois commissaires, il m'avait mis sur la voie de prendre la première place ; sans me nommer précisément président de la commission, des trois, il l'avait personnifiée en moi, et s'adressait toujours à elle dans ma personne. Sans lui demander aucune explication, je l'avais compris. De mes deux collègues, l'un, Portalis, se consolait en attribuant à mon nom la faveur dont je lui paraissais l'objet; le second, plein d'ambition et d'estime de lui-même, attendait sans se plaindre qu'il eût une occasion de se faire connaître au maître, et se voyait déjà conseiller d'Etat.
« Deux personnages considérables avaient pris quelque ombrage de ma position; c'étaient le président de la section de l'Intérieur, et le ministre de ce département. Lorsque l'assemblée eut terminé ses travaux, je crus devoir en rendre compte h l'Empereur dans un rapport à la suile duquel, parlant au nom de la commission, je lui proposais la convocation du Grand Sanhédrin, et traçais le programme de la tâche qu'il devait entreprendre. Je ne pouvais prétendre à aucun travail direct avec l'Empereur, j'aurais même fait une fausse démarche en lui demandant une audience particulière; heureusement je m'aperçus à temps de la faute que j'allais commettre, je brûlai mon rapport. Nous portâmes tous trois une exposition de nos travaux, avec les propositions qui en étaient la suite, au
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ministre de l'Intérieur, pour qu'il les remit à l'Empereur.
« Mais déjà Napoléon s'était détourné de cette affaire. Une des grandes lacunes qui se soient rencontrées dans cet homme prodigieux, c'est le manque de suite. Sa première impression, trop vive et outrée, amenait presque constamment une réaction, je dirai même une déception; il ne trouvait plus que l'affaire dont il s'était engoué pût lui rendre en avantages on en renommée ce qu'il en avait attendu. Dans cette question des juifs il avait produit son effet, il s'était manifesté aux juifs de toute la terre; les trois quarts de son but étaient atteints; le surplus, la portion pratique, il l'abandonnait à ses commissaires, à son conseil d'Etat, à son ministre, se réservant de les réformer et de les désavouer, s'ils s'écartaient de la route indiquée.
« D'ailleurs dans les instructions qu'il avait dictées, et dont j'ai recommandé la lecture, il avait tracé aux deux assemblées, ainsi qu'à ses trois commissaires, leur tâche dans des termes si précis et si formels, qu'il ne leur restait en quelque sorte qu'à revêtir de certaines formes les idées ou les dispositions qu'il avait indiquées.
« En résumé, les neuf déclarations du Grand Sanhédrin étaient calquées et copiées sur les instructions qu'on a pu lire. Il en était de même du projet de décret portant règlement sur le commerce des juifs, et qui les soumettait, dans leurs transactions avec les chrétiens, à des conditions qui préservaient à l'avenir ces derniers de l'indigne usure et des coupables industries dont ils avaient eu tant à souffrir. »