‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 36 sur 203 · ASSEMBLÉES DES JUIFS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉES DES JUIFS FRANÇAIS

indiquer les mesures, qui, dans son opinion, seraient les plus propres non seulement à re'primer le mal, mais h redresser des idées si fausses et tellement réprouvées par la morale et les lois de toutes les nations.

« La seconde assemblée qui devait s'appeler Grand Sanhédrin toute formée de rabbins appelés de tous les points du monde, devait extraire du Talmud tout ce qui s'y trouvait sur l'usure, épurer cette fastidieuse et énorme compilation, ou plutôt lui substituer un code de préceptes et de décisions émanées de cette assemblée, etqui deviendrait la loi à laquelle les juifs devraient se conformer, sous les peines qu'elle aurait déterminées. En même temps les rabbins de France auraient reçu du gouvernement impérial une organisation hiérarchique ; ils eussent été obligés de dénoncer au préfet toute infraction à la loi nouvelle, lorsque par leurs conseils et leur influence il n'auraient pu les prévenir. Les rabbins auraient été salariés par l'Etat; l'Etat les aurait nommés et soumis à des examens, et surtout se réservait la surveillance des écoles juives et de l'enseignement qu'on y donnait à la jeunesse.

« Quant aux trois commissaires, ils devaient ouvrir en personne les deux assemblées, puis surveiller, diriger, officieusement plus encore qu'officiellement, leurs travaux, et lorsqu'elles les auraient achevés, les commissaires devaient en mettre les résultats sous les yeux de l'Empereur, dans un rapport qu'ils auraient terminé en proposant, sous forme de décret, toutes les mesures qu'ils auraient jugées les meilleures et atteignant le mieux le but marqué par l'Empereur.

(( Au surplus, mon dessein n'étant pas dans ces souvenirs d'écrire l'histoire du temps, ni même des mémoires sur cette époque, je ne me suis étendu et ne m'étendrai encore sur celle affaire des juifs, que pour

LE GRAND SAMIKDRIX. \0o

y faire connaître les vues de Napoléon, moins chimériques qu'on ne l'a cru, mais toujours gouvernementales et tendant à faire rentrer dans l'ordre' tout ce qui s'en écartait. On trouvera soit dans les notes, soit à la suite de cet écrit, les instructions^ qu'il avait dictées et qu'il me fit adresser par son ministre de l'Intérieur, M. de Champagny, ainsi que les questions que nous devions communiquer à l'assemblée des juifs.

({ Colle assemblée nomma, sur notre invitation, un comité de neuf membres qu'elle choisit dans son sein pour préparer, de concert avec nous, ses travaux. Elle avait nommé pour son président M. Furtado. appartenant à la catégorie dite des juifs portugais II était do Bordeaux et joignait h une belle figure et aux meilleures manières un esprit cultivé; il connaissait infiniment mieux les écrivains du xviii^ siècle que le Talmud, et cherchait beaucoup plus la vérité dans Vollaire que dans aucun écrivain juif ou chrétien. Je dirai ici en passant que cette assemblée réunissait bon nombre d'hommes fort distingués, quelques-uns même juifs de bonne foi. Il s'y rencontrait aussi plusieurs

1. Ce mot d'ordre sans régime, sans adjectif est vague. Chacun l'emploie pour désigner le système politique ou social qui lui convient. L'ordre pour Napoléon était l'harmonie des détails et leur concours proportionné dans l'organisation de l'ensemble. Le tout une fois donné, chaque relation entre les choses et les personnes devait être calculée de manière à ce que l'ensemble, loin de rencontrer nulle part ni obstacle, ni résistance, pût rendre en protection à chaque détail, à chaque existence, à chaque intérêt, tout ce qu'il en recevrait lui-même de force, d'impulsion et de vie. L'ordre ainsi compris peut se retrouver théoriquement dans toutes les formes de gouvernement, monarchique unitaire, monarchique mixte, avec des pouvoirs qui se balancent et se contrôlent, enfin républicain, l'opportunité, l'appropriation de ces formes diverses de gouvernement aux nroeurs, aux précédents, aux dispositions d'un peuple se jugent par la possibilité ou par l'impossibilité d'y introduire cet ordre, dont la première condition est la durée. (Note du comte Alolé.)

2. Ces notes ont disparu, ainsi que les instructions auxquelles le comte Mole fait allusion.

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rabbins, dont quelques-uns étaient hommes d'esprit et de savoir. Je me rendais pour eux on ne peut plus accessible, et leur entretien était pour moi aussi instructif que curieux.

<( Ce que je racontai de ces rabbins à l'Empereur ne fit que le confirmer dans l'idée d'agir sur eux, de leur donner une organisation hiérarchique, et il ne tarda pas à convoquer le Grand Sanhédrin. C'était de tous les coins du monde, y compris la Judée, que ces interprètes de la loi de Moïse étaient invités à se rendre à Paris, pour y former une assemblée qui pût avoir une autorité incontestée sur tous les débris épars du peuple hébreu. J'insiste auprès de mes lecteurs pour qu'ils prennent connaissance des questions et des instructions entièrement dictées par Napoléon. Elles lui prouveront, si je ne. me trompe, que Napoléon en améliorant l'état moral des juifs, et en les préparant à la jouissance des droits civils et politiques, se proposait de faire à leur égard le contraire de ce qu'avait fait la révocation de l'édit de Nantes pour les protestants. Il voulut attirer en France cette race dispersée, cachant sur tous les points du globe sa richesse mal acquise, et il lui offrait la protection de nos lois sans autre condition que de renoncer à de honteuses industries, et surtout h l'usure envers les chrétiens. Ici, comme toujours, Napoléon n'était que politique. Je ne saurais affirmer s'il croyait ou non à la réprobation ineffaçable du peuple juif, enseignée par nos livres saints, mais ce que j'affirme, c'est qu'il eut grand soin dans cette affaire de ne rien dire, de ne rien faire qui put froisser la fibre la plus intime et la plus délicate des vrais croyants, scrupule au reste qu'il faut attribuer encore à sa politique uniquement.

u L'assemblée laïque (si j'ose me servir de ce mot)

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