CHAPITRE VIII
Suite et fin du manuscrit : les Cent-Jours. — Réflexions de M. Molû sur l'état d'irritation de l'Empereur. — Séance du Corps législatif du 14 février 181a.. — Altitude des assistants. — Discours de l'Empereur. — Le Concordat. — Fausses violences attribuées à Napoléon. — Digression sur le roman historique. — Exposé de la situation de l'Empire par M. de Alontalivet. — M. Mole est mandé à Trianon et chargé de présenter le budjet au Corps législatif. — Son embarras. — L'Empereur lui dicte quelques notes devant servir de texte à son discours. — Discours de M. Mole au Corps législatif, le 11 mars. — Sa surprise et sa colère en le lisant dans le Moniteur, complètement dénaturé. — Laborie. — Crise universelle traversée par la civilisation européenne et faiblesse de la royauté en Europe. — Tendance générale des esprits. — Napoléon effrayé de l'avenir réservé à l'Europe. — Fausses allégations de la famille Bonaparte. — Clôture de la session du Corps législatif. — Lecture de l'adresse par le comte de Montesquiou, grand Chambellan. — Portrait du grand Chambellan. — Discours de l'Iilrapereur. — Réflexions de M. Mole. — M. Mole est mandé de nouveau près de l'Empereur. — Conversation avec Napoléon : mécontentement des grands corps de l'État, méthode de l'Empereur pour faire accepter les mesures impopulaires, une brèche à sa gloire, le bon esprit de la nation. — Vues de l'Empereur sur la paix possible. — Les Bourbons, les d'Orléans. — Napoléon cherche une aristocratie. — Gambacérès. — Jugement de Napoléou sur Talleyrand.
« Ueiilré chez moi, je me précipitai sur ma plume", je me sentais comme le, devoir de consacrer le souve.
164 ÉTAT D IRRITATION DE l'eMPEREUR.
nir, même le texte de ces entretiens qui, peut-être plus que tout le reste, serviront à faire connaître Napoléon, le vrai Napoléon, à ceux qui viendront après moi. J'écrivais encore à trois heures du matin. Mes bougies finissaient, je me mis au lit, non pour dormir, mais bien pour réfléchir. Je remarquai que l'Empereur, qui devait le lendemain ouvrir le Corps législatif, ne m'en avait pas dit un mot. J'étais impatient de savoir si je retrouverais dans son discours les préoccupations et les idées qui fermentaient dans son esprit en causant avec moi. Depuis que la fortune avait commencé à lui être infidèle, Napoléon savait bien moins tirer parti des ressources qu'elle lui laissait, que profiter avec hardiesse et habileté de ses faveurs.
« A partir de cette époque et jusqu'à la fin de sa vie, on le verra s'irriter, se ruer en quelque sorte contre les obstacles qu'elle lui oppose, au lieu de la ramener par sa prudence et de la lléchir en lui montrant qu'il pourrait se passer d'elle. Il n'y a que sur le champ de bataille qu'on le verra grandir jusqu'à son abdication.
(( J'assistai le lendemain, 14 février, avec le Conseil d'Etat dont j'étais membre, à cette séance mémorable. Je ne crains pas de l'affirmer, je n'étais pas le seul des assistants qui prévoyaient le dénouement prochain de ce grand drame, mais, je le déclare. Napoléon, depuis ses premières campagnes d'Italie, avait été l'objet de ma constante admiration, admiration dans laquelle il entrait plus de surprise que d'entrainement, parce qu'aucune de ces vertus généreuses ou de ces qualités du cœur, qui seules auraient pu séduire et charmer ma jeunesse, ne se rencontrent dans le héros. Toutefois, je ne fais point difficulté de l'ajouter, j'étais touché et même flatté de la manière dont il