DEUXIEME PARTIE
LES FILLES DU MILLIOJiWAlpE,:,. .
1 ir.v*. ^.vJ*
Dans une histoire aussi compliqute que la n6ire, ou des faits, qai se sont produits en mdme temps, semblent, par les details qu'ils comportent et qu'il faut minutieusement expliqner, s'^tre passes k une longue date les uns des autres, il est nicessaire, k chaque instant, de ramener le r^cit k Tuniti de teoQyps que ces digressions ont pu faire oublier.
Tel est notre cas.
Pour bien faire comprendre le drame, dont les flUes Stor^re allaient 6treles victimes, nous avons 6t6 entrap nis fort loin par la nicessit6 de mettre en son jour le caract6re ignoble de la Pirouette, qui devait les livrer.
A present que nous avons k revenir k un autre £v6^ Hement de notre histoire, force nous est done de rap-
9 LE gomtg: omnibus
peler que tous les fails de notre r^xit se sondeni les uns aux autres dans un laps de quarante-huit heures.
N'est-ce pas le soir m^me de la mort de Storfere que Roudiae^ qui avaii(UQ& cbex Peyrade et avec les. fllles.. de celui-ci, avail vu, h minuil, arriver le millionnaire auquel, pendanl que Goberju faisail main basse sur le coffrel, il avail indiqu^ la pisle qui le m&nerait aux filles de rSpicier? -
Sur ce renseigaement, rex-manufacturier 6tait imm^dialement parli pour Saint-Mand6 oil, parTentremise de la Pirouelle, on sail ce qu'il 6lail advenu. .
Au lendemain de celle nuil, pendanl laquelle Peyrade avail commis sdo infamie, Roudiac, on s'en souvient, avail 6l6 r6veill6par la visile de Goberju qui, grfltce aux papiers du coffret^ avail exig6 du chevalier d'induslrie quo, quand viendrail I'heure du payemenl de Roudiac h la Dumouchel; les Irois cenl mille francs passassenl d'abord par ses mains, k lui, Thonn^le Goberju qui se faisail fori d'oblenir une quillance de la marchande de soupe sans qu'elle eti le plaisir d'eneaisser les teus.
Si on s'ea souvient aussi, c'esl quand Goberju,, qui voulail assisler it renlerremenl de Slor^re, allait qaille? Roudiac^ qa*il a.vail enlendu Grondier monlaai les 6lages da chevalier d'induslrie. C*£lail alors que, pour ne pas se renconirer dan& Tescalier avec Varri-. vanl, le groom avail grimp6 jusqu'aux mansardes^ eu se promellanl d'en redescendre aussildl que le pas-; sage serail laiss6 libre par Tenlr^e de Grondier cbez Roudiac.
— Quel bon vent vous amfene chez moi, cher ami? demanda Roudiac au jeune bommei, apris avoir ouverl h &op coup de sonnetle.
A celle question, Grondier r6pondil par une aalre»
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/ lES FILLSS DU MILUOHNAIRE 3
Apr^s avoir proioen^ son regapd autourde la premiere pi^ce dans laquelle il venait d'entrer, il demanda :
— Sommes-nous seuls? Ne peut-on nous entendre? Grondier n*aurait pas dibut6 ainsi que Roudiac se
serait, quand m^me, bien gardi de tenir le jeune hom.me dans cetie chambre, car il savait Goberju capable de Tenir k pas de loup icouier, sur le carri, derri&re la porte.
[1 emmena done Grondier au fond du logement, en prenani le soin de fermer chaque porte k inesure quelle £tait franchie.
— Lui aussi vient pour me prier de lui faire trouver les fiUes de F^picier, pensaiirii en offrant un fauteuil k son visiteur.
Enorme et, en m^me temps, d£sagr6able fut dono. sa surprise en entendant le fils du notaire, aussitdt assis^ commencer par cette question k brtUe^pour* point :
— Dites-moi/ Roudiac, ?ous avez done un passi execrable?
— Plait-il? fit rinterpell6 en se redressant furieux k cet exorde inattendu.
— Et, parait-il, vous avez maille k partir avec ce dr6le de Goberju, le laquais de Peyrade^ poursuivit tranquillement Grondier.
Gette fois Roudiac rentra sa colore, tout abasourdi qu'il 6tait de voir le fils du notaire instruit de ce chantage du groom, qui datait tout au plus d'une heure*
— Pouah! pouah! fit Grondier avec d6gotity c'est 6tre bien bas tomb^ que d'avoir k subir un pareil contact... Moi, k votre place, il me semble que je ferais tout au monde pour m'aifranchir d'une sujestion aussi honteuse.
Apr^s ces mots, Grondier^ se renversant sur le dos
LB COMTE OHKIBUS
sier de son fauteuil, ^tendit ses jambes et regarda le plafond en r6p6tant : i
-^ Tout, oui, je ferais tout, tout au monde.
^ Si profonde que f (it sa stupefaction, Roudiac comprit que Grondier lui tendait la perche. Le fils du notaire paraissait 6tre trop certain de son fait pour que 1*616gant escroC commit la b6tise de nier. En se gardantbien pourtant de lecher un aveu, il r6pli^ua d'un ton 6tonn6 :
— Tout I Qu'entendez-vous par ce : Tout?
— Mais, par exemple, de se mettre ^la devotion, quoi qu'il me demande, de celui qui s'engagerait h me rendre les papiers k Faide desquels Goberju parle en maitre... Oh I ob6ir k un Goberju I Pouah I
Qqe le fils du notaire eti connaissance de Fempire que Goberju avait pris sur lui, cela avait d6ji profond6ment surpris Roudiac, mais qu*il sdt encore quel ^tait le talisman qui faisait la puissance du laquais^ voil^ c6 qui plongea le chevalier d'industrie dans un 6bahissement si complet qu'il en demeura la bouche b^ante et les yeux grands ouverts.
Gette stupeur ne tarda pas k se corser d'une forte dose d'inqui6tude en entendant Grondier ajouter : ^ — Us sont irhs int6ressants, ces papiers... car j'ai eu rheureuse chance de les lire.
Puis, comme Roudiac, de plus en plus interloqu^, continuait h le regarder avec ahurissement :
— Oh I oh I fit-il en riant^ il ne faut pas me crpire plus sorcier que jele suis... La chose est des plus simples. Ge matin, k la premiere heure, Goberju s'est pr6sent6 k T^tude de mon p^re pour y consigner en d6p6t un paquet de papiers, en faisant cette recommandation que si, sous cinq jours, il ne s'6tait pas presents pour retirer ledit d6p6t, on adress&t ces papiers au procureur du roi.
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lES TILLES DU UIUIONNAIRE
Uq l^ger frisson courut dans le dos de Roudiac en entendant les derni^res paroles.
Grondier continua :
— Apr^s le depart du laquais, mon p^re, qui avail plus pressante besogne h ez^cuter, appela done son premier clerc install6 dans un cabinet voisin du sien.
— Mais alors, ce premier clerc, c'6tait vous ?
— Pr6cis6ment... Oui, moi, premier clerc de T^tude Grondier, en attendant que j'en devienne le patron, ce qui tardera longtemps si mon p^re s'obstine dans sa pretention baroque de me voir changer de conduite avant qu'il me c^de sa charge.
En signalant cette exigence paternelle, Grondier haussa les 6paules de piti6, puis il poursuivit :
— Bref, mon p5re me chargea de r6unir sous un mdme cachet de cire ces papiers qui consistaient en plusieurs liasses, nou6es avec des cordons... Que voulez-vous? je suis curieux, moi!... Et, de plus, i'^tais fort intrigu6 par la personne du d6positaire, ce Goberju que j'avais reconnu, sans qu'il me vit, par la porte entr*ouverte de mon cabinet. Sa recommandation d'exp6dier son d6p6t au procureur du roi avait £t6 surtout le grain de poivre qui avait 6veill6 ma cu* riosite... Done, Foccasion me tentant, je jetai un regard sur ces papiers et, dam^ I une fois le nez dedans, j'en trouvai la' teneur si instructive que je les lus jusqu'Si la fln... Votre maniftre lucrative d'exploiter vos mattresses est vraiment remarquable... Rien de plus drAle que cette iongue file d'eseroqueries que TAllemagne vous a fait payer de trois ann^es de prison.
Gela dit, Grondier salua Roudiac et ajouta en guise de p^roraison :
— YoiUl comment j'ai appris que c'ttait vous que
Goberju avait I'intention de mettre en rapport avec le procureur du roi.
-y- Et? fit Roudiac en voulant voir le fils du notaire lui d6couvrir son but.
■;— Et, alors, je me suis dit que je ne devais pas vous laisser en aussi fAcheuse situation, et qu*il fallait vous faire rentrer au plus vite en possession de ces papiers .
— Quoi ! vous consentiriez k me rendre un pareil service ? s'6cria le chevalier d*industrie.
— P6urquoi pas? U me r^pugne de voir un galant homme sous le joug d'un miserable laquais.
Sans avoir remarqu6 Tintonation railleuse avec laquelle avait 6i6 prononc6 le « galant homme », Roudiac, dans sa joie, avan^a la main pour serrer celle de Grondier.
Mais ce dernier, soit qu*il n'edt pas compris le geste, soit qu'il voulAt 6viter r6treinte, recula vivement la main pour lever un doigt en Tair tout en prononQant ce seul mot :
— Seulement...
— Ah ! fit Roudiac que I'adverbe mit sur la defensive, voyons ce seulement.
— Oh ! il n'a rien de terrible, car il n*a d*autre but que de vous rappeler un proverbe.
— Lequel? *
— Celui qui pr6tend qu'un service en vaut un autre* Sans attendre que Roudiac edt t^moigni de sa
bonne volenti, Grondier contlnua :
— Done, mon cher monsieur, puisque vous 6tes si Men dispose Si m'^tre agreable, je vous prierai de satisfaire ma curiosity sur un point.
— Parlez.
— Dites-moi, je vous prie, oil vous avez dln^ hier soir?